Pro bono, Bien-être et Performance

ESS, pro bono et solidarité dans la Métropole Aix-Marseille-Provence : entretien avec Jean-Paul ROMET, Délégué Emploi et RSE

Suite à la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire Aix-Marseille-Provence ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un entretien réalisé auprès d’un acteur de l’engagement citoyen et du bénévolat : Jean-Paul Romet  Délégué Emploi et RSE, nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la politique d’engagement de l’organisation ? 

Nous menons une politique d’engagement en encourageant fortement les salariés à s’impliquer dans des actions solidaires aussi bien en bénévolat [sur le temps personnel] qu’en mécénat de compétences [sur le temps de travail]. Depuis fin 2019, la Délégation régionale EDF PACA a piloté avec la Délégation régionale EDF AURA une expérimentation qui est maintenant en cours de déploiement à l’échelle du Groupe et du territoire national dans le cadre d’un programme « Confinés et Solidaires ». Il s’agit d’une plateforme  collaborative interne, « Human Pacte », dédiée à l’engagement solidaire des collaborateurs qui met directement en relation les salariés et les associations. Nous déployons cette politique car nous sommes intimement convaincus que cela contribue non seulement à l’épanouissement des salariés mais aussi à la performance de l’entreprise.

Quelles sont les actions menées par l’entreprise en faveur de (ou avec) des structures à finalité sociale ?                                                                                                               

Nous nouons des partenariats, à l’échelle nationale via la Fondation groupe EDFou directement en local,autour de quatre axes prioritaires : éducation, insertion professionnelle, inclusionsolidarité et environnementbiodiversité. Pour l’instant, en région, la majorité de nos partenariats concernent des associations de la Métropole Aix-Marseille-Provence car c’est là que nous avons la majorité de nos salariés mais notre ambition est de coopérer avec des associations de toute la Région. Une enquête interne a montré que 43 % des salariés d’EDF sont investis dans une association, que ce soit dans le cadre de l’entreprise ou dans leur sphère personnelle. C’est assez remarquable car la moyenne nationale est de 25 %. Notre plateforme d’engagement « Human Pacte » a pour but d’identifier et de valoriser ces salariés. C’est également un moyen d’engager de nouvelles personnes qui ne le faisaient pas par manque d’informations ou de temps et d’orienter les bonnes volontés vers des initiatives sociales et solidaires. 

Quelles sont les actions d’engagement citoyen menées avec les collaborateurs ?

Tous les partenariats que nous mettons en place doivent permettre l’implication des salariés d’EDF, que ce soit sous la forme du bénévolat ou du mécénat de compétences. Notre enjeu est de développer les deux aspects à la fois pour encourager l’engagement dans toutes ses formes.  

Dans l’axe insertion professionnelle nous coopérons avec des associations qui recherchent des parrains pour accompagner leurs bénéficiaires. Nous avons une trentaine de salariés impliqués auprès des adhérents du PLIENous sommes partenaire de deux opérations portées par l’Apec‘‘SésAme Jeunes Talents’’ et Talents Seniors’’.  Jsuis moi-même à mon cinquième parrainage et nous sommes en train de travailler à des actions en partenariats avec les missions locales, Pôle Emploi (Un Parrain, Un Emploi) 

Sur l’axe éducation, la Fondation EDF porte un partenariat national avec l’Institut Télémaque. Quatre salariés parrainent des jeunes localement. Notre objectif est d’engager cinq parrains ou marraines supplémentaires Nous avons beaucoup de salariés qui interviennent dans des collèges et des lycées pour présenter les métiers d’EDF et participer à des jurys scientifiques. Certains parrainent des mini-entreprises dans le cadre d’Entreprendre pour ApprendreIl s’agit d’une initiative phare qui a un impact fort sur les jeunes que nous avons pu voir fortement évoluer après une année de projet.  Par ailleurs, nous accueillons de nombreux stagiaires de 3e issus de quartiers prioritaires. C’est également une action sur laquelle nous avons des objectifs ambitieux.  

Dans l’axe inclusion/solidariténous réalisons des missions de partages de compétences avec Pro Bono Lab pour aider le renforcement et le développement de structures à finalité sociale.  Dans le même esprit, mais à l’attention des start-ups, nous avons créé, avec mes homologues d’autres grandes entreprises du territoire (Airbus, ST, etc.) dans le cadre de l’association Espace Mapp , le projet Talents et Territoires qui permet aux salariés de nos entreprises d’aider à résoudre, sur des formats courtsdes problématiques de start-ups. Nous sommes en train de nouer un partenariat avec Emmaüs Connect pour que nos salariés puissent contribuer à sensibiliser les personnes en situation de grande exclusion à l’usage aux outils numériques. Cette initiative s’associe à une action de collecte, de recyclage et de dons de téléphones portables. Suite au soutien financier de la Fondation EDF à l’Institut Paoli-Calmettes, nous avons décidé localement d’en faire une action de santé pour nos salariés avec des collaboratrices qui se sont engagées comme ambassadrices pour mener des actions de prévention et de sensibilisation pour le dépistage du cancer du sein. Elles font des interventions auprès des salariés et nos médecins et nos assistantes sociales coopèrent avec les spécialistes du centre anti-cancer 

Enfin nous avons un axe environnement/biodiversité au sein duquel nous souhaitons développer de nouvelles coopérations avec des associations spécialisées dans ce champ d’action. Nous avons par exemple d’ores et déjà des salariés qui participent à l’Odyssée Massalia, une course en eau libre qui associe des gestes éco-responsables comme la collecte de déchets. La tenue dans notre région du congrès mondial UICN va être une belle opportunité pour imaginer des actions impliquant nos salariés 

Quelles sont les motivations et les avantages à pratiquer du mécénat de    compétences ?

La fierté d’appartenance que cela crée Le sentiment d’utilité et de sens. Même lorsque, parfois, on traverse des phases compliquées qu’on connaît tous dans nos organisations, cela permet de renforcer l’adhésion des salariés. Ils sont reconnaissants envers leur entreprise de leur permettre de s’engager. Je suis intimement convaincu que cela influe de façon positive sur leur performance, leur bien-être et leur équilibre. D’ailleurs, lorsque l’on fait une mission pro bono, au début, les gens sont toujours inquiets de ce qu’ils vont pouvoir apporter à l’association. A la fin de la mission, ils sont unanimement ravis et impatients de renouveler l’expérience. Nous avons des salariés tellement motivés qu’ils sont prêts à s’engager sur leur temps personnel. Et, pour l’employeur, c’est une façon de voir les salariés dans un autre contexte. On découvre des talents et des compétences humaines ! 

J’ai, moi-même, parrainé une personne en recherche d’emploi dans le cadre de l’opération ‘‘Talents Seniors’’ de l’Apec. Je n’avais jamais passé autant de temps en accompagnement. La personne était très compétente, mais il était très difficile pour elle à décrocher des entretiens et ceci depuis plus d’un anMon accompagnement consistait à la soutenir moralement et lui faire bénéficier de mon réseau professionnel. Pendant une année, tous les quinze jours, nous étions en contact. La personne réussissait à obtenir des entretiens mais les réponses négatives se succédaient. C’était très dur. Quand elle m’a finalement appelé pour me dire qu’elle était prise, j’étais presque aussi content qu’elle. Je suis très heureux d’avoir pu contribuer, à mon niveau, à la réussite et à la réinsertion de cette personne. Ce sentiment de satisfaction, tous les salariés qui ont participé à une action solidaire, en font l’expérience ! Nous faisons  régulièrement témoigner des salariés engagés. Leur parole est toujours très forte. On peut les sentir vibrer. Cela donne indéniablement envie aux autres d’en faire l’expérience ! La pertinence est évidente pour l’entreprise en termes de performance. En contribuant à l’équilibre des salariés, ces derniers sont encore plus épanouis professionnellement.  

Quels sont les freins rencontrés dans la mise en oeuvre du pro bono ?

Je ne le ressens pas comme ça car nous arrivons à faire bouger les choses par étapes. La difficulté est parfois la réticence de certains managers qui sont un peu moins ouverts à le faire sur le temps de travail. Mais des vrais freins, je n’en vois pas vraimentDernièrement, j’ai eu l’occasion avec mon équipe de présenter la politique d’engagement dans une instance qui réunit tous les directeurs et managers régionaux. Après les témoignages de sept salariés qui se sont impliqués pour des causes et dans des formats différents, tous les managers présents étaient impressionnés et semblaient convaincus. Dès que l’on fait preuve de pédagogie, que l’on explique comment ça fonctionne et que l’on montre la plus-value de ces engagementscela fait bouger les lignes 

Quelle est votre perception du territoire de la Métropole Aix Marseille Provence ?

L’emploi est un enjeu majeur du territoire ! C’était d’ailleurs le thème de la dernière Probono FactoryEn lien avec cette problématique, il faudrait aussi travailler sur la mobilité qui constitue souvent une difficulté importante pour les personnes en recherche d’emploi. Après nous sommes dans une très belle région avec de beaux ouvrages et une nature magnifique. Nous allons intégrer prochainement le Congrès mondial de la nature de l’UICNLa protection de l’environnement et la biodiversité, sont aussi des enjeux clés pour Marseille. Nous avons encore beaucoup de choses à faire évoluer en termes de comportement. Par ailleurs, il y a déjà beaucoup d’initiatives sur l’ensemble du territoire qu’il faut aider à  se développer ! 

Quelle est votre perception des collaborations entreprises/ structures de l’économie sociale et solidaire ?

Nous travaillons avec de nombreuses structures de l’économie sociale et solidaire et le fait que nos salariés s’y engagent ne fait qu’approfondir nos liens avec elles. Notre plateforme « Human Pacte » va permettre d’approfondir ces collaborations. On ne cesse, par ailleurs, d’apprendre à mieux se connaître. Les missions avec Pro bono Lab par exemple permettent de mieux comprendre le fonctionnement et les enjeux des associations.  

Je pense que beaucoup d’entreprises ont déjà des partenariats avec des structures de l’ESS ! Pour celles qui hésiteraient, vous pouvez commencer par le bénévolat [implication des salariés sur leur temps personnel]. C’est une façon d’appréhender l’intérêt que cela a pour les salariés et pour l’entreprise. C’est un moyen d’aller progressivement vers le mécénat de compétences. Je fais partie des personnes convaincues qu’en encourageant les salariés à s’engager à titre privé ou dans le cadre du travail, c’est leur permettre de contribuer à une cause externe, valorisante et qu’au final c’est aussi
profitable pour l’entreprise.

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Le pro bono au service de l'emploi

ESS, pro bono et solidarité dans la Métropole Aix-Marseille-Provence : entretien avec Lionel WAWRZYNIAK, Directeur Développement RH Groupe chez Hopps Group. 

Suite à la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire Aix-Marseille-Provence ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un entretien réalisé auprès d’un acteur de l’engagement citoyen et du bénévolat : LIONEL WAWRZYNIAK, Directeur Développement RH Groupe chez Hopps Group nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la politique d’engagement de l’organisation ? 

Au sein d’HOPPS Group nous employons 18 000 collaborateurs, dont 17 000 distributeurs d’Imprimés Publicitaires, qui sont cœur de notre activité. Ces emplois, accessibles à tous sans conditions de diplôme, représentent pour de nombreuses personnes l’opportunité de s’insérer dans l’emploi ou de revenir vers le monde professionnel. L’insertion sociale et le développement de l’accès à l’emploi sur les territoires sont donc deux enjeux majeurs de notre politique d’engagement.

Quelles sont les actions menées par l’entreprise en faveur de (ou avec) des structures à finalité sociale ?     

Nous développons différents partenariats afin de favoriser l’insertion professionnelle des publics éloignés de l’emploi.

Nous avons notamment noué un partenariat avec Cap au Nord Entreprendre afin d’organiser un forum de recrutement dédié aux jeunes de Marseille-Nord, et travaillons aujourd’hui à la mise en place de nouvelles actions communes. La signature d’une convention avec Face Sud Provence, de la Charte Entreprises et Quartiers, ainsi que le travail aux côtés de différents PLIE et Missions locales, nous permettent également d’agir avec différentes structures pour développer de nouvelles actions au niveau local. En 2018, nous avons notamment travaillé avec la Fondation d’Auteuil, Promotrans et Pôle Emploi dans la mise en place d’un projet d’insertion à Marseille, qui a permis à 21 jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, d’intégrer l’entreprise et de bénéficier d’une formation en alternance en vue d’obtenir une qualification. Cette initiative a été récompensée en 2018 dans le cadre du Top 10 des recruteurs de la diversité, décerné par la Fondation Mozaïk en partenariat avec l’ANDRH (Association Nationale des DRH).

Sur la question de l’accès à l’emploi, nous travaillons également avec des entreprises concernées par les mêmes enjeux de recrutement que nous. En 2018, nous avons créé l’application Job HOPPS qui propose aux personnes souhaitant compléter leur activité, de trouver un emploi à temps partiel près de chez elles. Aujourd’hui, cette application réunit une centaine d’entreprises. Nous avons désormais pour objectif d’en faire un outil d’inclusion plus global, notamment auprès des publics éloignés de l’emploi ou fragilisés. En ce sens, nous travaillons à la mise en place d’une offre d’accompagnement ou de retour à l’emploi plus complète, en lien avec différents partenaires associatifs.

Enfin, nous réfléchissons également avec l’association Pro Bono Lab à une manière d’impliquer les personnes en recherche d’emploi dans des actions de pro bono, afin de révéler et de valoriser leurs compétences.

Quelles sont les actions d’engagement citoyen menées avec les collaborateurs ?

Nos collaborateurs s’investissent de manières différentes. L’une de nos salariées est marraine d’une jeune en recherche d’emploi dans le cadre du dispositif « 1 parrain, 1 emploi » porté par Pôle Emploi mais également membre du Conseil d’Administration d’un PLIE. Parrain dans l’association Nos Quartiers ont des Talents et dans le cadre du dispositif Apec « Sésâme Jeunes Talents », j’accompagne pour ma part de jeunes diplômés en recherche d’emploi, ainsi que des demandeurs d’emploi âges de plus de 45 ans.

Plusieurs de nos salariés effectuent également des actions de bénévolat ou s’engagent auprès d’associations. Par exemple, plusieurs salariés de notre siège situé à Aix-en-Provence, participent à la course Algernon de Marseille, qui réunit des personnes valides et en situation de handicap.

De nombreux collaborateurs ont aussi contribué au challenge Handbike que notre Mission Handicap leur a proposé il y a 2 ans. Celui-ci consistait à se relayer pour réaliser un maximum de kilomètres sur un Handbike, afin qu’un don soit ensuite reversé à l’association de l’un de nos salariés, qui soutient les familles d’enfants touchés par une maladie orpheline. Cette initiative collective a associé de nombreux participants.

Je pense que c’est l’ensemble des actions qui crée un impact réel. Nous développons différents projets, souvent au niveau local et c’est pour nous l’ensemble de ces initiatives qui ont un impact. Un exemple marquant serait toutefois pour moi la mise en place d’un évènement pour l’emploi des jeunes des quartiers prioritaires, porté par HOPPS Group et l’association Cap au Nord Entreprendre, qui s’est tenu en 2019 au sein de l’Ecole de la 2eme Chance à Marseille. L’objectif était de réunir dans un lieu emblématique pour l’emploi et la formation des jeunes, les entreprises et les structures d’accompagnements, de formation et les institutionnels œuvrant pour l’emploi à Marseille.

Quelles sont les motivations et les avantages à pratiquer du mécénat de compétences ?

Le mécénat de compétences est porteur de sens, à la fois pour l’entreprise et les collaborateurs. Ce dispositif n’a pas encore été lancé chez HOPPS Group, mais l’entreprise s’y intéresse.

Quels sont les freins rencontrés dans la mise en oeuvre du pro bono ?

La mise en place du mécénat de compétences n’a pas encore été mise en pratique au sein de l’entreprise. Toutefois, les freins qui peuvent apparaître sont le manque de temps et de ressources. A mon sens, l’un des défis à relever est de trouver l’équilibre entre les enjeux de l’entreprise et le développement de nouveaux engagements citoyens grâce à la mise en place d’une organisation adaptée.

Quelle est votre perception du territoire de la Métropole Aix Marseille Provence ?

Le territoire de la Métropole Aix-Marseille rassemble de nombreuses structures et beaucoup d’initiatives sont menées. Je pense que l’un des défis actuels est de permettre à chacune d’entre elles d’avoir un impact encore plus grand, par le développement de la proximité entre les acteurs et leurs différents projets.

Quelle est votre perception des collaborations entreprises/ structures de l’économie sociale et solidaire ?

Il peut parfois y avoir un gap entre les besoins des entreprises qui ont du mal à recruter, en particulier les profils peu qualifiés, et les attentes des candidats. Dans ce contexte, les structures de l’économie sociale et solidaire bénéficient d’une connaissance et d’une proximité avec les publics. C’est un atout majeur dans la collaboration avec les entreprises. Notre marché change. Le rôle social et sociétal d’une entreprise s’impose de plus en plus comme un facteur clé pour les salariés, et porteur de sens. S’engager dans le mécénat de compétences, c’est à la fois avoir un impact positif sur notre environnement, valoriser les compétences et accompagner les collaborateurs dans leur volonté d’avoir un impact positif autour d’eux.

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Entreprises et bien commun, par Samuel Tual pour le MEDEF Pays de la Loire

Engagement citoyen et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Samuel TUAL, Président du MEDEF Pays de la Loire

Dans le cadre de son étude territoriale « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », dont les résultats ont été publiés en mai dernier, Pro Bono Lab a souhaité mettre en lumière les points de vue et les engagements de certains acteurs de l’écosystème ligérien, avec un regard spécifique posé sur la crise sanitaire, sociale et économique du COVID-19. Aujourd’hui, Samuel Tual, Président du MEDEF Pays de la Loire, nous livre sa vision dans ce contexte inédit. 

 

Comment la crise questionne-t-elle les liens avec les structures de l’ESS sur le court terme mais aussi au-delà ? A-t-elle amené pour vous de nouvelles formes de collaborations ? De nouvelles démarches solidaires ? 

 

Effectivement, il y a eu 3 temps dans cette crise :  il  y a eu l’avant, il y a le pendant et puis il va y avoir  l’après. 

Avant, l’enjeu de la solidarité et d’intervention auprès de ceux qui étaient les plus vulnérables était réel et existait déjà, mais les choses étaient plutôt établies. Il y avait certes des oubliés, mais les entreprises fonctionnaient dans un schéma de croissance et globalement le niveau de l’emploi était assez soutenu. Effectivement elles avaient les moyens d‘investir pour préparer l’avenir d’un cô et redistribuer de l’autre. Cette redistribution se faisant avec la notion d’implication et d’engagement auprès de causes qui leur semblent justes. 

Puis, il  y a eu l’arrêt brutal de l’activité avec cette crise qui a, de fait, tout paralysé. L’aspect sanitaire que nous avons tous subi, a été dramatique, mais de cette séquence sont ressorties de belles choses qui peuvent être en lien avec l’anthropologie de la région et les valeurs que nous connaissons bien.  La solidarité s’est exprimée pleinement dans cette période difficile et nous avons vu les uns les autres se mettre en mouvement. Des démarches ont été faites pour venir en aide à ceux qui étaient sur le front, intervenir dans le domaine du service ou encore venir en aide aux personnes isolées.  

Je pense qu’au-delà de la prise de conscience que nous avons évidemment tous eue sur notre vulnérabilité, nous avons pu voir que notre économie était elle aussi vulnérable.  Des entreprises se portaient très bien et se sont retrouvées du jour au lendemain, bloquées, arrêtées et dépendantes de l’Etat.  Le pays tout entier et ses citoyens en subissent les conséquences.  C’était un  scénario  inimaginable deux mois auparavant.  

Cette crise a donc permis à un grand nombre de concitoyens d’avoir un regard nouveau, intériorisé d’abord puis tourné vers l’autre après, qui je pense va engendrer d’importantes mutations dans les comportements à venir.  

Un autre point important qui m’a profondément marqué, ce sont toutes ces personnes qui n’étaient auparavant pas ou peu visibles et considérées.  Ces personnes qui réalisaient une activité de service de première nécessité pour la population ont été mises en avant et saluées pour leur courage et leur travail et j’espère que cela va rester durablement. 

Puis il y a l’après. Il y avait une faible croissance lorsque nous sommes entrés dans la crise et nous allons en sortir avec une forte dépression.  Cette situation va être évidemment très difficile à surmonter et la sortie de crise va nécessairement prendre du temps.  Ceux qui étaient fragiles avant vont se retrouver en plus grande difficulté et ceux qui ne l’étaient pas vont pouvoir le devenir. 

La raison d’être du MEDEF, c’est d’agir pour une croissance responsable.  Nous ne nous intéressons pas uniquement à l’économie ou uniquement au social. C’est l’économie qui est sociale, qui est solidaire et qui devra être environnementale, c’est le « et » que nous aimons pratiquer.   Il y aura des mesures à prendre pour que nous puissions, avec l’apprentissage de la crise, devenir un peu moins dépendants de la mondialisation et permettre aux entreprises d’investir dans une démarche de soutien à des causes qui contribuent à servir le bien commun.  C’est là qu’il peut y avoir des postures politiques différentes. Certains diront qu’il faut absolument taxer plus pour pouvoir redistribuer. En réalité, appauvrir les plus riches n’a jamais enrichi les plus pauvres ! Je fais partie de ceux qui disent que nous pouvons inciter plus les entreprises à contribuer au bien commun.  De façon assez native et en tant que Président dentreprise, j’ai toujours considéré que nous devions nous intéresser à notre mission  première, mais  aussi aux impacts que nous pouvons avoir sur le territoire et sur la société.  


C’est peut-être utopiste de dire  cela mais le monde d’après  peut être mieux que le monde d’avant. Il y aura des rendez-vous à ne pas manquer pour travailler ensemble, poser les choses  de façon  adaptée  et ajustée pour une plus grande efficacité sur les sujets que nous venons d’évoquer.
C’est aussi ce que nous a apporté cette période de crise, nous avons été dans l’obligation de communiquer avec des circuits plus courts et avec des personnalités représentantes de l’État, de la Région et différentes institutions, mais aussi avec les organisations sociales C’est la raison pour laquelle, une des premières actions que nous avons mise en place est la création d’une conférence sociale, et je suis fier de l’avoir portée au niveau de la Région.  Nous serons la deuxième région en France à mettre en place ce type de conférence.  L’objet sera évidemment d’aborder des sujets très  pratico-pratique s pour favoriser la sortie de confinement et la reprise d’activité de façon concertée et lune des 4 thématiques portera exclusivement sur les publics les plus touchés par la crise. Les acteurs de l’ESS  de la Région y sont bien entendu associés.
Ce sera donc une instance très importante pour la Région, un lieu de dialogue et d’échanges qui permettra aussi de définir des arbitrages et des priorités.  Ce dialogue se fera avec les partenaires sociaux  (organisations patronales et organisations syndicales)  sous la caution de l’État et de la Région, de mon point de vue, nous aurons donc un organe puissant pour prendre les décisions.  Je suis très fier de pouvoir ré afficher  au niveau de la Région et de l’ensemble du patronat régional qui s’inscrit dans une démarche responsable sur les questions qu’ils défendent, que je suis parfaitement aligné avec leur position. 

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


L’ESS en Pays de la Loire, par Karine Fenies-Dupont et Marianne Caudal, pour la CRESS Pays de la Loire

ESS, pro bono et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Karine Fenies-Dupont, Responsable Observatoire de l’ESS et Marianne Caudal, Chargée de mission à la CRESS Pays de la Loire

Dans le cadre de son étude territoriale « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », dont les résultats viennent d’être publiés, Pro Bono Lab poursuit sa série d’entretiens avec celles et ceux qui portent l’engagement et le pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) dans l’écosystème ligérien. Aujourd’hui, la parole revient à Karine Fenies-Dupont, Responsable Observatoire de l’ESS et Marianne Caudal, Chargée de mission à la CRESS Pays de la Loire. 

 

Quelle est la mission de la CRESS (Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire) Pays de la Loire ? 

La CRESS Pays de la Loire, en lien avec les différents réseaux territoriaux de l’ESS dans les départements, et les réseaux sectoriels (fédérations…), porte plusieurs missions :  

  • Une mission d’ordre politique : il s’agit de fédérer et représenter les acteurs de l’ESS en Pays de la Loire et représenter leurs intérêts de l’économie sociale et solidaire auprès des pouvoir publics ; 
  • Une mission de sensibilisation à l’ESS : il s’agit ici d’informer les acteurs (collectivités territoriales et institutions, développeurs économiques, scolaires, grand public…) à ce qu’est l’ESS ; 
  • Une mission d’appui à la création, au développement et au maintien des structures de l’ESS : outiller, informer, accompagner, mettre en réseau. 

Notre engagement au service des structures de l’ESS se construit en partant des besoins non couverts que nous identifions avec nos adhérents et sur lesquels nous développons une solution ad hoc, ou en contribuant à des dispositifs existants par exemple l’animation du DLA régional (Dispositif Local d’Accompagnement, NDLR), un dispositif national d’appui à l’emploi, ou avec le dispositif “Entreprendre dans les territoires” co-porté avec les chambres consulaires. Nos actions se déploient en complémentarité de l’existant et en partenariat avec les différentes parties prenantes de l’écosystème.  

 

Quels est votre vision des usages et des besoins en pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) ? 

Nous connaissons le principe du mécénat de compétences. Nous avions déjà identifié certains des acteurs en place, mais non dans une approche d’accompagnement et d’animation. Certains acteurs sont implantés depuis longtemps sur le territoire des Pays de la Loire, de nouveaux projets émergent, mais aussi de nouveaux acteurs arrivent dans notre région. Au regard de ce contexte, il nous semble manquer d’une vision globale sur les acteurs de l’écosystème « mécénat ». Aussi, orienter vers le mécénat de compétences n’était pas une solution proposée jusqu’à il y a quelques années. 

Désormais, cela nous paraît plus naturel de pouvoir orienter des structures de l’ESS vers cette pratique. Il faut néanmoins être en capacité d’établir un diagnostic, identifier les besoins, et connaître les modalités de mise en œuvre et d’intervention : comment trouver les compétences ? Comment bien gérer son temps dans la démarche ? 

 

Quels en sont les impacts, limites, et axes d’amélioration ? 

Pour certaines structures, des questions peuvent se poser, notamment sur les motivations des entreprises à s’engager en mécénat de compétences. On note également une question de temps et de confiance derrière ce sujet : certaines structures peuvent rencontrer des difficultés à dégager du temps ou encore pourraient se montrer réticentes à parler de leurs projets stratégiques. 

 

Quelle est votre perception du rapport Entreprises / ESS et du territoire des Pays de la Loire ? 

Sur des enjeux de filières d’activités, les structures de l’ESS toutes seules ou en coopération entre elles ne pourront pas répondre à l’ensemble des problématiques identifiées. Il y aura forcément des coopérations à trouver avec des entreprises commerciales.  

Les Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE) en sont une illustration, car sur un territoire donné, au regard d’une problématique identifiée, une seule structure ne peut pas répondre à ce besoin. Les PTCE permettent de mettre autour de la table tous les acteurs économiques, dont les acteurs de l’ESS.  

A l’échelle des Pays de la Loire, nous portons des projets d’envergure régionale que nous ne pouvons pas porter sans l’aide des départements : nous sommes très en lien avec les réseaux ESS départementaux. Les territoires au sein de la région sont très hétérogènes : les enjeux et le portage politique ne sont pas du tout les mêmes. Pour nous, il s’agit d’adapter les méthodologies de diagnostic afin d’optimiser les modes d’accompagnement.  

Nous sommes dans une région qui a une identité plus diluée, que la Bretagne par exemple. Beaucoup de choses se passent à Nantes, nous essayons d’avoir une action décentralisée, il faut agir au plus près des territoires, tout en ayant une vision régionale des coopérations territoriales et des filières d’activités.  

 

Et pour finir… Quel regard portez-vous sur la crise sanitaire du COVID-19 ? 

La crise sanitaire liée au COVID-19 dans laquelle nous sommes tou.te.s plongé.e.s se double d’une crise économique et sociale qui frappe durement les personnes et les entreprises. Les entreprises et organisations de l’ESS (associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises commerciales de l’ESS…) sont particulièrement impactées. Un grand nombre d’entre elles sont en première ligne pour venir en soutien aux personnes les plus fragiles : établissements d’accueil de personnes âgées, handicapées, aide alimentaire et hébergement d’urgence… tandis que les autres subissent de plein fouet les conséquences économiques liées à la situation sanitaire.  La réponse ne sera pas liée aux chiffres en tant quels, mais plutôt à la capacité des structures à rebondir, même celles engagées dans une démarche RSE sincère. En effet, la période va être un test pour la résilience des entreprises, et va être l’occasion aussi de se (re)questionner sur l’utilité des activités, sur le bien-être des salariés, sur les modes de production, le dialogue social, les nouvelles formes d’organisation... Mais le seront-elles avant les questions financières ? 

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Le pro bono symbole d'engagement

ESS, pro bono et solidarité dans la Métropole Aix-Marseille-Provence : entretien avec Silvia BENEDETTI, Attachée de direction & Responsable RSE chez Provepharm

Suite à la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire Aix-Marseille-Provence ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un entretien réalisé auprès d’un acteur de l’engagement citoyen et du bénévolat : Silvia BENEDETTI, Attachée de Direction & Responsable RSE chez Provepharm nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la politique d’engagement de l’organisation ? 
Nous menons des actions depuis longtemps et nous avons formalisé une politique RSE en 2011. La RSE est Intégrée chez nous. C’est même devenu un critère de recrutement. Nous sommes attentifs aux candidats qui ont un engagement à titre personnel. Nous menons des actions sociales, environnementales (notamment sur la réduction des déchets) et en lien avec le domaine de la santé.

Quelles sont les actions menées par l’entreprise en faveur de (ou avec) des structures à finalité sociale ?                                                                                                                         Nous travaillons avec Emergences (PLIE Marseille Provence Centre) et l’association Nos Quartiers ont des Talents pour le parrainage de personnes éloignées de l’emploi et l’accompagnement de jeunes diplômés issus de territoires défavorisés. Nous avons cinq salariés actuellement engagés comme parrains sur ces deux actions. Par ailleurs nous avons participé à la Course du Don en 2019. 24 salariés se sont inscrits comme coureurs. Nous avions passé un partenariat avec notre banque pour abonder chaque kilomètre parcouru. Cette initiative nous a permis de collecter une somme de 9 000€ pour l’association HOPE Project qui agit pour améliorer les conditions d’accueil des enfants malades à l’Hôpital de la Timone.

Enfin un axe important de notre politique RSE et de faire découvrir le secteur de l’industrie pharmaceutique et faire connaître nos métiers à des collégiens issus de zone d’éducation prioritaire. Nous avons récemment organisé un forum des métiers et nous recevons régulièrement des stagiaires de 3eme.

Quelles sont les actions d’engagement citoyen menées avec les collaborateurs ?
En plus du parrainage et des actions solidaires comme la Course du Don, nous organisons chaque année dans le cadre de nos actions environnementales une Green Week. Il s’agit d’une semaine de sensibilisation visant à interpeller nos collaborateurs sur les éco-gestes en entreprise. Cet événement nous permet de communiquer, en interne, sur notre politique de réduction des déchets et notre objectif zéro plastique ; un des prochains objectifs sera d’étendre cette démarche à nos parties prenantes. Nous réfléchissons à d’autres manières d’encourager l’implication de nos salariés.

Dernièrement, la Course du Don a été l’événement le plus fédérateur. Si le projet a été impulsé par l’entreprise ça s’est très vite étendu. Les salariés sont venus en famille. Ils se sont impliqués sur leur temps personnel, le week-end. Des collaboratrices sont venues spontanément animer le stand de l’association Hope Project. C’est presque devenu un événement familial. L’engouement a été si fort que nous renouvelons l’action en 2020.

Quelles sont les motivations et les avantages à pratiquer du mécénat de    compétences ?
Aujourd’hui quand on passe des entretiens de recrutement vient toujours le moment où c’est à l’entreprise de se vendre. Les candidats ont changé. On a en face de nous une génération de plus en plus engagée à titre personnel. Les gens nous demandent d’exposer très concrètement nos engagements en matière de RSE. Ils nous interrogent sur ce que nous mettons en place en termes de qualité de vie au travail. Dernièrement on a même eu une candidate qui nous a demandé si elle pouvait travailler quatre jours chez nous et une journée par semaine dans une association. Même nos actionnaires nous réclament des audits sur nos engagements RSE. On a changé d’époque !

Quels sont les freins rencontrés dans la mise en oeuvre du pro bono ?
Je n’ai rencontré aucun obstacle. Chaque fois que je diffuse des appels à volontaires les salariés répondent présents. Nos engagements en matière sont portés par le PDG. Ce que nous mettons en œuvre est valoriser tous les ans auprès du Conseil d’Administration.

Quelle est votre perception du territoire de la Métropole Aix Marseille Provence ?
Notre territoire à une grande force c’est la mixité. On a été plusieurs fois scotchés par des remarques et la pertinence de collégiens issus de quartiers défavorisés. On a des pépites sur notre territoire ! Il ne faut pas avoir peur d’aller les chercher notamment dans les quartiers prioritaires. Il faut qu’on valorise davantage notre territoire en particulier dans les médias. Même si le Marseille bashing s’est un peu calmé on a encore plein de choses à mettre en valeur. Nous avons plein de trésors cachés. Pour les révéler il faut favoriser la mixité et l’entrepreneuriat. Il y a plein de gens qui veulent monter des projets. Nous sommes sur un territoire dynamique ! Enfin, dans le domaine de santé, il faudrait mettre des moyens pour améliorer l’état des hôpitaux.

Quelle est votre perception des collaborations entreprises/ structures de l’économie sociale et solidaire ?
Aujourd’hui c’est primordial de coopérer avec des associations. L’entreprise est centrée sur son business. C’est grâce aux associations que nous apprenons à mieux connaître et comprendre les besoins du territoire car elles sont sur le terrain, au contact des personnes. Les associations nous aident à comprendre les besoins du territoire et du coup à structurer une politique RSE pertinente. Il ne faut pas avoir peur ! Ça ne prend pas tant de temps que cela et le retour sur investissement est énorme. On développe des relations humaines très enrichissantes. Ça ouvre d’autres horizons ; on rencontre des personnes qui ont parfois des difficultés énormes. Ça permet de garder les pieds sur terre, de relativiser et d’apprécier ce qu’on a dans l’entreprise. Et puis il y a la satisfaction personnelle quand une personne arrive, après un parrainage, a décroché un emploi.

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Le pro bono générateur de rencontres

ESS, pro bono et solidarité dans la Métropole Aix Marseille Provence : entretien avec Rémy BRACQ, Directeur de secteur chez Manpower.

Quelques jours après la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire Aix Marseille Provence ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un entretien réalisé auprès d’un acteur de l’engagement citoyen et du bénévolat : Rémy BRACQ, Directeur de secteur chez Manpower nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la politique d’engagement de l’organisation ? 
Cela fait 29 ans que je travaille chez Manpower et j’ai toujours connu cette politique d’engagement. C’est inscrit dans le code génétique de l’entreprise. Nous sommes, par nature, impliqué au plus près des politiques publiques pour l’emploi. En interne, le management encourage les collaborateurs à s’impliquer à titre individuel. L’entreprise permet aux salariés qui souhaitent s’engager à se rendre disponibles sur leur temps de travail.

Quelles sont les actions menées par l’entreprise en faveur de (ou avec) des structures à finalité sociale ?
Les actions que nous menons s’inscrivent principalement dans du mécénat de compétences. Nous sommes engagés sur les questions de l’emploi et de l’insertion professionnelle avec deux partenaires principaux Emergences qui porte le PLIE de la Métropole Marseille Provence et la Fondation Agir Contre l’Exclusion. Les collaborateurs de Manpower sont mobilisés pour conseiller les publics bénéficiaires de ces deux partenaires et accélérer leur retour à l’emploi. Je suis même-moi impliqué en tant que coach dans le programme Make the choice  afin d’accompagner de jeunes entrepreneurs issus de quartiers Politique de la Ville dans la création de leur projet. Cela fait deux ans que je participe à ce programme et j’ai embarqué deux autres collaborateurs dans l’aventure. Enfin on participe régulièrement aux forums emploi de l’agglopôle.

Quelles sont les actions d’engagement citoyen menées avec les collaborateurs ?
Les collaborateurs de Manpower sont impliqués dans des actions de parrainages de personnes en recherche d’emploi. Durant ces accompagnements nous pouvons animer des simulations d’entretiens d’embauche, mener des ateliers de rédaction de CV, conseiller les personnes sur leur prise de parole, les sensibiliser aux codes de l’entreprises, etc.

On peut aussi être des facilitateurs et créer des connexions entre les besoins de recrutement des entreprises partenaires de Manpower et des personnes en recherche d’emploi qu’on rencontre dans le cadre de mécénat de compétences. Lors de ces actions solidaires on a souvent de belles surprises. On tombe sur des profils atypiques et des candidats qu’on n’aurait pas pu croiser ailleurs.

Manpower mène une action historique avec la Fondation FACE qui s’appelle la Job Academy. Chaque année on accompagne, pendant trois mois, cinq promotions de 12 personnes en recherche d’emploi. Une dizaine de collaborateurs s’investissent chaque année pour accompagner les candidats : définition du projet professionnel, codes de l’entreprise, développement de réseau pro, relooking, etc. C’est à la fois un accompagnement collectif de la promotion et du parrainage individuel. C’est une action très fédératrice pour les salariés et les partenaires de Manpower car nous proposons même aux entreprises de notre réseau de s’impliquer en venant présenter leurs métiers. Ces actions permettent de créer de la cohésion et de l’entraide au sein des promotions. C’est important car la recherche d’un emploi est souvent une période difficile synonyme d’isolement sur les personnes. En plus on a des résultats très satisfaisants avec un taux de 90 % de retour à l’emploi à l’issue du programme.

Quelles sont les motivations et les avantages à pratiquer du mécénat de    compétences ?
On constate que c’est fédérateur pour les salariés. Ils sont fiers de s’impliquer dans des actions concrètes, sur leur territoire. Par ailleurs, dans notre métier, on est confronté à des difficultés de sourcing et de recrutement. Les actions de mécénat de compétences que nous menons nous permettent de nous ouvrir à d’autres univers, de diversifier nos réseaux de sourcing. On rencontre des personnes intéressantes et motivées.

Quels sont les freins rencontrés dans la mise en oeuvre du pro bono ?
On ne peut pas parler de frein. La seule petite difficulté c’est le facteur temps quand on est dans des périodes où l’activité est très soutenue. Mais les contreparties sont  tellement importantes ! Au niveau managérial ça permet de fédérer les salariés, ça leur donne un sentiment d’utilité. Ce sont vraiment des partenariats gagnant-gagnant !

Quelle est votre perception du territoire de la Métropole Aix Marseille Provence ?
L’atout de ce territoire c’est la dynamique économique ! Ça bouge ! Il faut imaginer que dans 15 ans plein de métiers auront disparu. On doit accompagner les publics dans cette transition. Il faut les former aux nouveaux métiers qui émergent avec le digital. On peut créer des vocations ! Je dirais qu’une des difficultés sur ce territoire c’est la multiplicité des acteurs qui rend compliqué la création de partenariats efficaces sur le long terme. Sur l’emploi par exemple, ce serait beaucoup plus efficace d’avoir une porte d’entrée unique – comme les Maisons de l’emploi sur certains territoires – où les bénéficiaires seraient pris en charge de manière globale.

Quelle est votre perception des collaborations entreprises/ structures de l’économie sociale et solidaire ?
C’est une belle complémentarité ! Les associations sont plus proches des publics que nous. Les entreprises sont souvent rattrapées par une culture de l’économie et un rythme effréné. Elles ont tout intérêt à se rapprocher des associations pour avoir une meilleure connaissance du territoire, des problématiques sociales et des publics. Aux entreprises qui n’ont pas encore franchi le pas. Allez-y à fond ! N’hésitez pas ! Il y a plein d’avantages. Cela apporte un sentiment d’utilité et de fierté aux salariés. On accroît notre ancrage territorial avec un impact positif. On s’ouvre à des nouvelles personnes !

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Les Pays de la Loire : un territoire qui joue collectif

ESS, pro bono et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Jenna LECLERCQ, Directrice Ouest Atlantique au sein du réseau Les Entreprises pour la Cité (LEPC)

Dans le cadre de l’étude territoriale « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », réalisée par Pro Bono Lab et dont les résultats viennent d’être publiés, Jenna Leclercq, Directrice Ouest Atlantique du réseau Les Entreprises pour la Cité (LEPC), nous livre sa vision du pro bono sur le territoire, complétée d’un regard sur la crise sanitaire, sociale et économique du COVID-19. 

Quelle est la mission du réseau Les Entreprises pour la Cité ? 

Les Entreprises Pour La Cité est un réseau d’entreprises engagées présent sur tout le territoire national, regroupant un ensemble de dirigeants qui sont convaincus que pour être performant et développer son entreprise, il faut que son environnement se porte bien lui aussi. Fondé en 1986 par Claude Bébéar, fondateur du Groupe AXA, nous sommes implantés en Ouest-Atlantique depuis 2012. Nous accompagnons nos entreprises membres dans leur engagement social et sociétal : nous les aidons, par exemple, à créer leur fondation, à développer leur politique inclusion… Nous travaillons avec des grands groupes, et également avec des plus petites entreprises 

Notre association porte plusieurs thématiques d’expertises fortes  

  • L’égalité des chances dans l’éducation et l’inclusion numérique ; 
  • Laccès à l’emploi, et une fois dans l’emploi, la diversité. On parle de plus en plus d’inclusion, de comment chacun trouve sa place ; 
  • Le mécénat et les investissements citoyens. 

Ainsi, notre mission est d’accompagner nos entreprises membres selon 4 modes d’actions : 

  • Inspiration : par des événements, des ateliers benchmark, des échanges de bonnes pratiques, des groupes de travail… ; 
  • Production : étude, mesure d’impact sur des thématiques diverses. Nous nous appuyons  sur les bonnes pratiques des entreprises du réseau ;  
  • Mobilisation : des entreprises et de leurs collaborateurs sur des actions d’intérêt général ;   
  • Accompagnement : à travers de la formation, de la sensibilisation et des missions de conseil. Notre ambition est également d’être une ressource pour les entreprises membres, lorsqu’elles ont des questions sur des thématiques (conseil et formation, sexisme, handicap…). Un vrai lien de confiance s’est créé. Si on ne peut pas répondre aux sollicitations, on se tourne vers d’autres partenaires. 

Quelles sont selon vous les motivations et avantages à aller vers le pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) ? 

Notre réseau soutient et accompagne le mécénat d’entreprises depuis de nombreuses années avec une conviction forte : le mécénat et les investissements citoyens sont des leviers de valeur ajoutée et de performance (y compris économique) pour chaque entreprise citoyenne. 

Nous encourageons le mécénat de compétences auprès de nos entreprises membres et certaines d’entre elles ont développé une stratégie de mécénat au niveau national comme BNP Paribas et son million d’heures d’engagement par exemple. De façon générale, les collaborateurs sont assez enclins à s’engager et nous n’avons pas de difficulté à les mobiliser sur des créneaux d’une ou deux heures.  

Les générations actuelles ont tendance à de moins en moins dissocier l’engagement dans la vie personnelle et celui dans la vie professionnelle. Elles sont en quête de sens  et le mécénat de compétences proposé par l’entreprise peut clairement jouer en faveur des enjeux de marque employeur et la capacité à faire venir et garder les talents. Les actions mises en place dans le cadre du mécénat de compétences permettent en effet de développer de nouvelles compétences, de travailler avec d’autres personnes, d’autres structures, sur d’autres problématiques qui peuvent être sources de satisfaction pour le collaborateur.  

Concernant le mécénat de compétences de fin de carrière, le dispositif est fortement bénéfique pour les associations, surtout lorsque les subventions connaissent une tendance à la baisse. Ce dispositif permet d’avoir des talents qu’on ne pourrait pas se permettre de recruter. Néanmoins, il peut y avoir un véritable choc des cultures à l’arrivée du collaborateur. En effet, le milieu associatif est souvent totalement inconnu pour le nouvel arrivant en mécénat de compétences ; il est donc nécessaire de prévoir du temps pour l’accompagner dans ses nouvelles fonctions. Une période d’immersion pourrait être imaginée. Elle serait à mon sens vraiment bénéfique et permettrait, en autre, de rencontrer les équipes, d’observer et comprendre les sujets.  

Selon moi, même si les entreprises ne sont pas encore toutes engagées en faveur du mécénat de compétences, elles vont toutes, à un moment ou un autre, en ressentir le besoin ou l’envie. 

Quels en sont les limites et les axes de progression ? Quel avenir pour le pro bono selon vous ? 

A mes yeux, l’engagement du dirigeant sur le sujet du pro bono est un véritable facteur de succès et facilite la mobilisation des collaborateurs: plus le dirigeant y croit, plus les collaborateurs s’engagent.  

D’autre part, nous remarquons que ce sont souvent les mêmes profils de collaborateurs qui interviennent en mécénat de compétences. Même lorsqu’une plateforme numérique pour favoriser l’engagement des collaborateurs existe, l’ensemble des salariés n’en a pas forcément connaissance et ne s’en saisi donc pas nécessairement. Il est donc important, voir indispensable que des relais humains existent en interne, que des volontaires puissent accompagner toujours plus de collaborateurs vers cet engagement.  

Enfin, les stratégies de mécénat doivent être claires et bien formalisées afin d’être comprises par tous. Ce n’est pas toujours le cas et cela ne permet pas aux collaborateurs de bien identifier les engagements pris par l’entreprise. L’ensemble des parties prenantes de l’entreprise doit être sensibilisé ! 

Quelle est votre perception des rapports Entreprises / ESS ? 

Sur le territoire des Pays de la Loire, il existe de nombreux acteurs ayant une finalité sociale. Si les associations arrivent assez bien à créer du lien avec les entreprises « classiques », et notamment celles ayant une entité parisienne qui permet de créer des partenariats au niveau national avec les grosses entreprises, il existe assez peu de lien entre les entreprises « classiques » et celles de l’ESS. On retrouve effectivement souvent les mêmes acteurs et il y a très peu de lien « business » entre les deux. Si les entreprises de l’ESS semblent assez fermées dès lors que la notion de « business » est abordée, cela pose problème quant à leur changement d’échelle. En effet, celle-ci s’opère très souvent en partenariat avec les entreprises. 

Et votre perception du territoire des Pays de la Loire ? 

Nous sommes plutôt implantés sur Nantes, même si nous pouvons agir sur la totalité du territoire.  

Les Pays de la Loire est un territoire très bien maillé, avec des acteurs qui peuvent être sur des zones d’influence proches mais qui ont une grande capacité à travailler ensemble : c’est une chance ! En effet, la capacité de travail collaboratif est très présente et il y a une vraie recherche de synergies entre les acteurs. C’est un territoire attractif et beaucoup d’antennes nationales se développent à Nantes pour répondre à un besoin. 

D’autre part, la notion d’ancrage territorial est très présente aujourd’hui pour les entreprises qui cherchent de plus en plus à créer du lien sur leurs territoires d’implantation. Ici, en Pays de la Loire, il y a un réseau de dirigeants engagés, fort et très présent qui permet des interactions entre le territoire et les entreprises.  

De mon point de vue, la faiblesse réside dans le fait que les acteurs s’appuient sur leur mode de fonctionnement bien établi et ont tendance à rester dans leur zone de confort, ce qui les empêche parfois de tester de nouvelles collaborations innovantes.  

A Nantes, les problématiques liées aux quartiers ressortent beaucoup, on a tendance à oublier un peu trop d’autres thématiques comme le handicap par exemple. Il faudrait aussi travailler sur la problématique des métiers en tension, du recrutement… Le taux de chômage sur notre territoire est assez faible mais dans les quartiers, il est très fort. La question de l’inclusion est traitée en silos alors qu’il serait bénéfique de tendre vers un pilotage plus global de cette problématique.  

Pour finir, quel regard portez-vous sur la crise sanitaire du COVID-19 ? 

Il me semble prématuré aujourd’hui de tirer des conclusions sur les conséquences de cette crise sanitaire et de ce confinement inédit. 

Nous avons pu observer beaucoup de résilience et d’adaptation au sein des entreprises et acteurs de l’ESS du territoire (réorganisation de l’outil de production pour fabriquer du matériel pour les personnes en première ligne, dons financiers / en nature, réorganisation du travail, adaptation aux contraintes, mise en place de mécénat de compétence de salariés auprès d’association pour assurer notamment, la continuité éducative ou l’accompagnement vers l’emploi…). Mais comment vont-elles se comporter à la reprise face à l’urgence économique ? 

Va-t-on aller vers plus d’engagement des entreprises auprès de ses parties prenantes ou vers un recentrage autour de son activité première et sa survie économique ? Comment les acteurs de l’ESS, pour beaucoup fragilisés, vont passer ce cap ? 

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▷ Source : pro-bono.co, juin 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab

 


Pro Bono Lab | Etude territoriale Pays de la Loire

Après plusieurs semaines de collecte et d’analyse de données, dans un contexte de crise sanitaire inédit, Pro Bono Lab dévoile les résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », réalisée en partenariat avec AG2R LA MONDIALE et le Conseil Régional des Pays de la Loire, avec le soutien de la CCI Pays de la Loire, et permettant d'actualiser les chiffres disponibles sur la pratique du pro bono au sein de ce territoire. 

 

Chaque année, par l’intermédiaire de son Observatoire du pro bono et avec ses partenaires académiques ou institutionnels, Pro Bono Lab actualise et agrège toutes les données de l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences). Ces activités de prospective et de recherche, menées à travers plusieurs grands projets par an, en France comme à l’international via le Global Pro Bono Network, font toute la spécificité de Pro Bono Lab dans le paysage des acteurs institutionnels de l’intérêt général et opérateurs de l’engagement citoyen.  

Suite à l’ouverture de son antenne Grand Ouest en 2019, Pro Bono Lab a souhaité mener une étude territoriale visant à mieux connaître les pratiques existantes, les besoins et le potentiel de déploiement du pro bono dans le territoire des Pays de la Loire. En effet, il nous semblait fondamental d’apporter du concret face à nos premières intuitions, dans un territoire où les acteurs ont une tendance à coopérer et à s’engager qui semble plus développée qu’ailleurs.  

Le territoire des Pays de la Loire représente un écosystème historiquement engagé, attractif et en mutation, porté par une dynamique économique et créative indéniable. De nombreux réseaux RSE s’y sont construits, de belles initiatives solidaires s’y développent, le territoire fait figure de pionnier en matière de mécénat collectif. Par ailleurs, la question du sens au travail, de la marque employeur et celle de l’évolution des métiers et des compétences sont des sujets de plus en plus adressés par les acteurs économiques, par les acteurs de l’emploi, et par les acteurs associatifs. Alors, qu’en est-il réellement, notamment sur le sujet de l’engagement des entreprises en faveur de l’intérêt général ? 

Les Pays de la Loire représentent par ailleurs la 2ème région de France après la Bretagne en poids de l’Économie Sociale et Solidaire, avec plus de 13% de l’emploi total Observatoire de l’ESS-CRESS Pays de la Loire, d’après CLAP 2015. Le label “French Impact” a été décerné en 2019 aux territoires de Nantes Métropole et du Mans – Sarthe, venant saluer la dynamique portée par les acteurs en présence pour faire de l’innovation sociale un levier de développement du territoire. La région Pays de la Loire étant ainsi une terre d’ESS et d’innovation sociale, qu’en est-il des besoins des structures qui portent ce pan de l’économie, notamment de leurs besoins en compétences ? Se tournent-elles vers les entreprises pour développer des coopérations ?  

En effet, les initiatives de coopération territoriale entre les organisations de l’ESS et les entreprises dites “classiques” gagneraient de manière générale à se développer davantage. Encourager les partenariats et les coopérations entre ces différents acteurs constitue un des enjeux majeurs pour répondre aux défis collectifs du territoire. 

A travers cette étude territoriale, grâce aux données récoltées et aux nombreux témoignages que nous avons recueillis, ce sont tous ces sujets que nous avons souhaité explorer.  

Méthodologie de l’étude : 

Des questionnaires quantitatifs en ligne ont été administrés auprès de 92 entreprises et 131 structures à finalité sociale implantées dans les 5 départements des Pays de la Loire et interrogées entre le 8 janvier et le 5 mars 2020.  

Des études de cas ont été réalisées auprès de 21 acteurs clés du territoire : 9 entreprises, 1 fonds de dotation et 1 fondation d’entreprise, 2 réseaux d’entreprises, 4 structures à finalité sociale, 3 réseaux d’accompagnement des associations et des structures de l’ESS, et 1 acteur du bénévolat et du mécénat de compétences. 

Principaux chiffres issus de l’étude : 

Principaux enseignements de l’étude : 

Parmi les chiffres clés que nous pouvons retenir, il ressort que 76% des entreprises interrogées mènent des actions d’engagement citoyen et/ou de soutien aux associations et à la vie locale, un chiffre particulièrement important notamment au regard des pratiques observées dans d’autres régions. Interrogées spécifiquement sur le mécénat de compétences, les entreprises ont fait part de certains obstacles qui freinent le développement de cette pratique : manque de temps, de visibilité sur la pertinence des dispositifs, de moyens en interne pour le mettre en place…  

Pourtant, l’enjeu est de taille :  si 51% des associations / structures de l’ESS interrogées sont soutenues financièrement, 85% affirment qu’elles ont également des besoins en compétences. Une politique de mécénat de compétences via l’engagement des collaborateurs s’avère donc pertinent pour les entreprises souhaitant s’investir concrètement aux côtés de ces structures.   

Le travail de sensibilisation reste de fait primordial. En effet, malgré les prédispositions du territoire, un pourcentage encore significatif d’entreprises et d’associations manquent d’informations clés et d’arguments concrets pour sauter le pas et se lancer dans l’aventure du partage de compétences. Les acteurs intermédiaires, comme les collectivités territoriales, ont un rôle important à jouer.  

Les enseignements que nous pouvons tirer de cette étude et que vous pouvez dès à présent découvrir ci-dessous, nous permettront, avec tous les acteurs du territoire, de faire des Pays de la Loire une véritable “terre du pro bono”. 

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▷ Source : pro-bono.co, mai 2020.
▷ Auteure : Claire Bertin, Directrice Grand Ouest

 


Pro Bono Lab | Étude territoriale Aix-Marseille-Provence

Cette étude, menée avec le soutien de La Fondation Crédit Coopératif et en partenariat avec la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire Provence Alpes Côte d’Azur met en lumière les actions solidaires menées sur le territoire par les entreprises et acteurs de l’économie sociale et solidaire en soutien à la vie locale et associative, afin d’identifier les leviers et les obstacles au développement de ces pratiques responsables dans la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Retrouvez-nous le 2 juillet pour notre webinar : les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l'ESS : chiffres clés et enjeux sur la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Consulter l’étude territoriale Aix-Marseille-Provence – Version complèteJe m'inscris au webinar !

▷ Auteur : Pro Bono Lab (Mai 2020)


L'engagement citoyen en Pays de la Loire vu par Anne-Laure Mesguen pour Partager son Temps / Benevolt

ESS, pro bono et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Anne-Laure MESGUEN, Co-fondatrice de Partager son Temps / Benevolt 

 

A quelques jours de la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un nouvel entretien réalisé auprès d’un acteur clé de l’engagement citoyen et du bénévolat : Anne-Laure Mesguen, Co-fondatrice de Partager son Temps / Benevolt, nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la mission de Partager Son Temps / Benevolt ? 

Partager Son Temps est une entreprise labellisée ESUS qui accompagne la transition vers la retraite. Avec cet organisme de formation, certifié Datadock, nous proposons un accompagnement pour les salariés en fin de carrière, avec des programmes personnalisés et en s’appuyant sur l’expertise de la politique sociale de l’entreprise, les spécificités du public et leurs besoins. En fonction, nous proposons des stages de préparation à la retraite animés par une psychologue et/ou la mise en place de mécénat de compétences de fin de carrière pour les collaborateurs proches de la retraite, pour permettre une retraite progressive et solidaire.    

Par ailleurs, notre organisation développe Benevolt.fr, la plateforme de bénévolat des retraités actifs. Nous souhaitons permettre aux retraités qui le souhaitent de partager leurs compétences et leur énergie, de renforcer leurs liens sociaux en étant visibles par les associations en recherche de bénévoles. En devenant bénévoles, ils agissent en citoyens, cultivent leur sentiment d’utilité sociale et trouvent une vraie place dans la société. Ils apportent leurs compétences à des projets d’utilité sociale. 

À date, nous comptabilisons 1990 associations inscrites sur la plateforme et près de 3000 bénévoles inscrits. Nous sommes présents dans 80 départements, avec une présence soutenue dans 45 d’entre eux. Nous avons généré plus de 3000 mises en relation. 

Nous avons d’ailleurs quelques belles histoires à raconter ! Par exemple, nous pouvons citer Pascal, qui était chauffeur transporteur et qui est devenu chauffeur auprès des Banques Alimentaires. Nous avons aussi Loïc, ancien gardien de prison et qui anime désormais des ateliers numériques auprès de personnes souffrant de la fracture numérique. Nous rencontrons aussi d’anciens chefs d’entreprise qui accompagnent des associations. Ou encore un musicien de l’Orchestre National des Pays de la Loire qui anime des ateliers artistiques auprès de personnes en situation de handicap… ou enfin Catherine, ancienne prof de français qui donne des cours de français à des migrants chez JRS Welcome 

Quelles est votre vision du pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) ? 

Le bénévolat et le mécénat de compétences se trouvent au cœur de notre métier ! 

Chez Partager Son Temps/Benevolt, nous parlons à la fois du partage de compétences professionnelles, et/ou de compétences que l’on a acquises par une passion et ses expériences personnelles. Nous parlons de notre côté de “bénévolat d’expériences”. Parmi nos bénévoles, nous observons, au-delà des compétences, une envie de s’engager et d’aller de l’avant, d’expérimenter de nouvelles missions. 

Nous avons à cœur que les associations trouvent de la légèreté et développent leur projet, tout en permettant de donner de la visibilité aux personnes qui partent à la retraite : ces personnes représentent 25% de la population, mais on ne parle pas assez voire pas du tout d’elles quant au sujet de l’engagement citoyen – alors qu’on les cite souvent sur le sujet des loisirs ou à présent dans le cadre de la réforme des retraites. Parmi les retraités, plus de 30% sont déjà investis et près de 80% aimeraient bien s’engager, mais pour eux, l’occasion ne s’est pas encore présentée, ou alors ils n’ont pas trouvé de mission répondant à leurs attentes. Notre rôle est de les aider à passer à l’action ! 

Quels en sont les impacts, les limites, et les axes d’amélioration ? 

L’enjeu du “besoin” en bénévoles est un des enjeux majeurs pour les associations, au-delà des besoins financiers. L’enjeu pour les associations est aussi d’ouvrir leurs réseaux : avec Benevolt.fr, nous leur offrons une ouverture par rapport à des personnes qu’ils ne connaissent pas.  

Pourquoi s’adresse-t-on aux bénévoles retraités ? Car ils ont envie d’être utiles, ils ont de l’expérience, et recherchent un engagement qui permette de consolider les viviers de bénévoles des associations. Aujourd’hui, le bénévolat change, il devient plus ponctuel, mais les associations ont encore besoin de garder des viviers de bénévoles qui renforcent la structure. Parmi les points de vigilance, il ne faut pas confondre un bénévole avec un salarié ! On accompagne les associations en les incitant à ne pas chercher un mouton à 5 pattes : on va par exemple les accompagner à découper une mission en plusieurs projets pouvant permettre à plusieurs personnes de s’engager, en faisant en sorte que chacun y trouve son équilibre. Sinon, cela peut créer des frustrations voire des tensions, ce qui n’est pas l’objectif de l’association. 

L’avantage du mécénat de compétences réside dans la mobilisation des collaborateurs avant tout, pour une cause commune qui sort de l’objet premier de l’entreprise. On crée des synergies entre les collaborateurs, ce qui génère aussi de la fierté du côté des collaborateurs envers leur entreprise. À l’échelle d’un territoire, cela a vraiment du sens. 

En revanche, il faut surtout veiller à ne pas tomber dans un effet de communication ! Si l’on s’engage, il faut le faire avec sincérité et avec ses valeurs, cela va sinon se ressentir et se retourner contre l’entreprise. Après, il y a plein de choses à inventer : les entreprises peuvent se tourner vers leurs collaborateurs pour accompagner des associations dans lesquelles ils sont bénévoles, elles peuvent proposer l’arrondi sur salaire… Il existe plein de moyens de s’engager auprès des associations ! 

Plus généralement, il faut que l’on puisse communiquer par des témoignages des uns et des autres sur les bienfaits de ces pratiques, pour inspirer et passer le pas. Il faut également se montrer pédagogue auprès des réseaux d’entreprises et des directions RH pour démontrer que la mise en place du dispositif n’est pas si compliquée. La preuve par l’exemple doit être apportée. 

Quelle est votre perception du territoire des Pays de la Loire ? 

Le territoire des Pays de la Loire est un territoire très dynamique dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, avec un taux d’emploi dans l’ESS supérieur à la moyenne nationale. C’est ancré et culturel : le territoire est créatif et solidaire. 

On peut noter par contre une concentration des acteurs un peu trop forte à Nantes. À nous aussi de sortir de Nantes et d’aller au plus près des départements, nous prévoyons d’ailleurs une présence plus forte dans les autres départements dans les prochains mois. 

Sur le sujet du bénévolat et du mécénat de compétences, nous avons tout pour que le déploiement s’opère : un réseau de dirigeants engagés et un terreau d’association très fort. Le terrain est donc fertile pour que les coopérations se développent !

Votre regard sur la crise sanitaire du COVID-19 ? 

La crise sanitaire actuelle renforce l’idée que les questions environnementales et sociales doivent être au cœur des préoccupations de tout un chacun, y compris les entreprises qui jouent un rôle clé dans les territoires. A ce propos, 3 présidents de réseaux nationaux d’entrepreneurs, Olivier de la Chevasnerie, PDG du groupe Sygmatel, basé à Saint-Herblain, et Président national de Réseau Entreprendre, Lionel Fournier, Directeur d’Harmonie Mutuelle Atlantique, et Président de Dirigeants Responsables de l’Ouest (DRO) et Pierre Minodier, Vice-Président d’Akardin, basé à Montpellier, et Président national du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) viennent de publier une Tribune en proclamant que « la sortie de crise ne se fera pas aux dépens de nos engagements sociaux et environnementaux ». Les acteurs de la région sont donc en première ligne pour porter une vision économique, solidaire et responsable de la sortie de crise, c’est encourageant. 

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▷ Source : pro-bono.co, mai 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab