Le pro bono au sein de la Fondation Deloitte : entretien avec Guilène Bertin-Perri et Cyrielle Sénéchal-Chevallier

Dans le cadre du Panorama du pro bono*, Guilène Bertin-Perri, secrétaire générale de la Fondation Deloitte & Cyrielle Sénéchal-Chevallier, consultante et responsable du pro bono au sein de la Fondation Deloitte, nous livrent leur vision du pro bono.

En quoi l’engagement par le partage de compétences est-il un sujet essentiel pour la Fondation Deloitte ?

Il y a presque 20 ans, c’est pour répondre à l’envie exprimée par certains collaborateurs de s’engager que Deloitte lance ses premières actions de mobilisation. Dès le départ, Deloitte choisit d’agréger les compétences de ses collaborateurs sur les programmes qu’il opère directement, autour de projets d’éducation, puis autour de l’entrepreneuriat social. Le contact direct entre collaborateurs et bénéficiaires fait, encore aujourd’hui, toute la spécificité du modèle d’engagement proposé par la Fondation Deloitte, pleinement opératrice, à ses salariés.

La priorité depuis toujours, c’est ainsi l’accompagnement direct et l’impact social généré. Pour ce faire, bien au-delà de la question du financement, c’est toute la culture et les métiers de Deloitte qui sont mis au service des projets : cartographier les besoins, les définir, identifier les personnes et leurs compétences et mettre le collaborateur en posture d’accompagnateur. Tout cela est dans nos gènes. Sur notre axe éducation, le parrainage des élèves et le recours aux soft skills des collaborateurs deviennent la norme. Sur l’axe entrepreneuriat social, des missions pro bono et la transmission de compétences métiers permettent de booster des projets vraiment innovants.

Naturellement et progressivement, ces actions permettent à notre entreprise de s’ouvrir sur l’extérieur et d’avoir un rôle clef au cœur de ses écosystèmes d’ancrage. Les motivations des collaborateurs : être plus utiles, donner du sens à leurs compétences, à leurs métiers. Ces actions, même si ce n’est pas leur vocation première, contribuent pleinement au développement et à l’épanouissement des ressources humaines du groupe.

Décrivez-nous le programme d’actions de mobilisation des collaborateurs mis en place par l’entreprise.

Au fil du temps, c’est tout un parcours d’engagement que la Fondation Deloitte a mis en place et consolidé afin de répondre à toutes les envies d’engagement. A ce jour, ce parcours permet de mobiliser près de 3 500 collaborateurs par an et représentent près de 24 000 heures d’action au bénéfice de 14 000 bénéficiaires :

  • L’Impact Day qui mobilise chaque année et en moyenne 500 salariés du groupe (nouveaux entrants) et associés dans le cadre d’une opération d’intégration solidaire d’un jour. Ces collaborateurs mettent ainsi leurs premiers instants au sein du Cabinet au service de causes telles que le handicap ou l’exclusion, en compagnie de lycéens des établissements partenaires de la Fondation ;
  • Des accompagnements « à la carte » et différents parcours d’engagements en mécénat de compétences, selon les besoins du projet, individuels ou par équipes, dans la durée ou ponctuelles destinés à des entrepreneurs sociaux et associations ;
  • Des actions de mobilisations menées dans le cadre de programmes internationaux tels que World Class pour l’Education dans le Monde. Dans ce cadre les collaborateurs Deloitte de différents pays mettent leurs compétences au service de cette cause ;
  • Des actions de mobilisation directes à La Défense les samedis : les collaborateurs du groupe prodiguent directement des cours de soutien scolaire aux élèves de terminale du lycée Braque d’Argenteuil. Deloitte ouvre ainsi régulièrement ses locaux et accueille régulièrement les jeunes, ce qui leur permet de s’approprier le monde de l’entreprise.

Et demain ? Quelles nouvelles logiques de mobilisation par le partage de compétences selon vous ?

Nous croyons en l’idée que l’entreprise est un écosystème propice au développement de projets à très fort impact social et que notre rôle sera d’animer encore cet écosystème. C’est pour cela que nous continuons et continuerons à perfectionner le parcours d’accompagnement pro bono que nous proposons et à l’optimiser en définissant des formats très complémentaires, adaptés à toutes les aspirations à l’engagement. C’est aussi pour cela que nous misons sur l’idée de faire entrer les porteurs de projets et les bénéficiaires au cœur même de l’entreprise ; nous allons continuer à ouvrir les portes de l’entreprise car c’est le symbole même du décloisonnement des mondes au sein d’un même écosystème. Notre manière d’ouvrir des perspectives communes par le partage de compétences. Hier, le pro bono consistait à détacher des collaborateurs au sein d’associations, demain, ce seront les associations et entrepreneurs sociaux qui pourront s’épanouir au sein même de l’entreprise, au contact de tous les talents qu’elle réunit. Enfin, nous croyons aux logiques collectives et interentreprises. Notre participation à la dernière Probono Factory, en tant que partenaire officiel, a permis à nos collaborateurs de transmettre leurs compétences en plus de celles d’autres salariés d’entreprises du quartier d’affaires de la Défense. Ces combinaisons de compétences multiples et cette diversité de métiers permet et permettra de démultiplier toujours plus l’impact des actions soutenues.

 

* L’étude de référence sur l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) menée pour la seconde fois en 2019 par Pro Bono Lab avec le soutien de la Fondation Deloitte, la Fondation Société Générale, la Fondation Schneider Electric, la Fondation Groupe ADP, et en partenariat avec Le RAMEAU, Admical et l’Ifop

 

En savoir plus

▷ Source : Panorama du pro bono, avril 2019.
▷ Auteurs : Tatiana Heinz, responsable de la recherche et des partenariats internationaux de Pro Bono Lab.

Hier, le pro bono consistait à détacher des collaborateurs au sein d’associations, demain, ce seront les associations et entrepreneurs sociaux qui pourront s’épanouir au sein même de l’entreprise, au contact de tous les talents qu’elle réunit.

Guilène Bertin-Perri, secrétaire générale de la Fondation Deloitte & Cyrielle Sénéchal-Chevallier, consultante et responsable du pro bono au sein de la Fondation Deloitte


Combiner ses études et l'engagement pro bono : entretien avec Marin de la Rochefordière, étudiant à Paris

Dans le cadre du Panorama du pro bono*, Marin de la Rochefordière, étudiant à Paris, nous livre sa vision et son expérience du pro bono.

Quelle est votre vision du pro bono, de l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) ?

Le pro bono, c’est avant tout un engagement associatif, à finalité sociale. C’est le fait de donner de son temps pour accompagner une structure ou des personnes qui ont des besoins inassouvis. C’est aussi un engagement intellectuel, en apportant ses compétences sur des sujets tels que la communication, la stratégie, l’organisation juridique, la gestion et la planification financière, pour permettre à une association d’être plus efficace.

Dans les petites structures, les sujets sont tous imbriqués et supposent diverses compétences. Pour moi, deux sont vraiment importantes : la finance et le droit. Ce sont des thèmes qui, je trouve, reviennent constamment, et s’appliquent à tous les domaines et à toutes les échelles. En tant que volontaire, le pro bono m’a permis de pouvoir faire des choses plus concrètes et plus utiles socialement que le simple fait d’être étudiant. J’ai réfléchi à des questions de structuration, de gestion des associations, à des problématiques opérationnelles. Cela ouvre l’esprit : c’est très différent des cours ! Ces différents engagements m’ont amené à me poser des questions sur ce que j’aimerais faire ensuite. Je veux vraiment trouver un métier qui fasse sens pour moi, comme beaucoup d’étudiants je pense ! Je crois que les établissements d’enseignement supérieur devraient favoriser le pro bono des étudiants, sans rendre l’engagement obligatoire et contraignant pour autant. Chacun doit pouvoir s’engager à son échelle ; mais il faut pouvoir développer une sensibilité aux questions sociales et environnementales, et c’est le rôle de l’école.

Le mécénat de compétences ne doit pas être une caution sociale pour les entreprises. Je serais mal à l’aise d’intégrer une entreprise qui ne correspond pas à ma vision du monde, mais propose du mécénat de compétences. Dans l’absolu, c’est louable : cela sert une association, et les salariés découvrent de nouvelles situations, valorisent leurs compétences autrement et réalisent des choses différentes. Mais de telles initiatives ne doivent pas occulter le cœur de métier de l’entreprise en question.

Je serais donc plus tenté de faire du bénévolat de compétences, pour dissocier mon engagement professionnel de mon engagement associatif. Néanmoins, si on me propose une opportunité de mécénat de compétences, j’irai !

Comment avez-vous expérimenté l’engagement pro bono ?

Je suis étudiant à Sciences Po Paris. J’ai commencé par donner des cours d’alphabétisation au sein d’une association de quartier à Paris, Montparnasse Rencontres. Je me suis engagé chez Junior Consulting Sciences Po plus tard. Via son Fonds Pro Bono, nous avons accompagné deux associations pendant quelques mois : Montparnasse Rencontres et Prométhée Education. J’ai aussi participé à l’édition 2018 du Marathon Probono de Sciences Po pour soutenir l’association Réseau Alpha. A l’étranger, j’ai eu deux expériences plus ou moins comparables, l’une aux Philippines à Manille, dans le cadre d’un projet d’entreprenariat social pendant un mois et demi pour construire des maisons dans un bidonville. Et l’autre à Medellin en Colombie où j’ai passé cinq mois à participer à l’organisation d’un forum sur le développement durable et l’urbanisme en Amérique latine.

Concernant le pro bono au sein de Sciences Po, j’ai soutenu ces différentes associations sur des sujets d’organisation voire de réflexion stratégique, en tentant de les aider à se poser les « bonnes questions ». C’est surtout un regard extérieur que je peux apporter, celui d’un étudiant qui a encore un peu de naïveté mais qui malgré tout peut donner son avis sur des sujets relativement généraux, en essayant d’être à l’écoute et curieux, tout en faisant preuve d’humilité face à l’action d’une association.

 

* L’étude de référence sur l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) réalisée une seconde fois par Pro Bono Lab avec le soutien de la Fondation Deloitte, la Fondation Société Générale, la Fondation Schneider Electric, la Fondation Groupe ADP, et en partenariat avec Le RAMEAU, Admical et l’Ifop

 

En savoir plus

▷ Source : Panorama du pro bono, avril 2019.
▷ Auteurs : Tatiana Heinz, responsable de la recherche et des partenariats internationaux de Pro Bono Lab.

Je crois que les établissements d’enseignement supérieur devraient favoriser le pro bono des étudiants [...] Chacun doit pouvoir s’engager à son échelle ; mais il faut pouvoir développer une sensibilité aux questions sociales et environnementales, et c’est le rôle de l’école.

Marin de la Rochefordière, étudiant à Paris


Le pro bono ou engagement par le partage de compétences (mécénat/bénévolat de compétences) en Hauts-de-France par Hager Khezami

ESS et pro bono en Hauts-de-France : entretien avec Hager Khezami, directrice de la CRESS HDF

Dans le cadre de l'étude territoriale "Comment les entreprises s'engagent-elles en faveur du territoire des Hauts-de-France ?", restituée par Pro Bono Lab en janvier 2019, Hager Khezami, directrice de la CRESS Hauts-de-France, nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la mission de la CRESS (Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire) ?

La Chambre Régionale de l’Économie Sociale et Solidaire poursuit 3 missions : représenter et porter la parole des acteurs de l’ESS en région, informer, communiquer et promouvoir l’ESS, et enfin favoriser et accompagner le développement économique territorial.

À la suite d’un « ESS tour » dans les Hauts-de- France, et après avoir sondé plus de 250 personnes, nous avons publié le « Livre Blanc 2018 #ESSHDF » avec 3 axes clairs : promouvoir, sensibiliser, susciter des vocations ; monter en connaissances et en compétences, sécuriser, impulser ; et enfin développer des bonnes pratiques sur les territoires.

Quelle est votre vision du pro bono, de l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) ?

L’axe 2 du Livre Blanc révèle que les besoins en compétences des acteurs de l’ESS sont principalement en fonction employeur RH (ressources humaines), veille réglementaire, modèle économique, fonds européens et commande publique. Les structures sont demandeuses d’un accompagnement beaucoup plus personnalisé, au plus près de leurs besoins.

Mon prédécesseur à la CRESS a travaillé sur la création d’un pôle Mécénat et Bénévolat de Compétences. Il est pour le moment composé de 3 structures, mais sera à l’avenir ouvert à d’autres structures, toujours dans cette volonté qu’a la CRESS de structurer les acteurs pour mieux mailler le territoire et apporter l’offre de services partout en région.

Quels sont pour vous les impacts, limites, et/ou axes d’amélioration du pro bono ?

La pratique du pro bono constitue une énorme opportunité pour le territoire, surtout à l’heure où l’on a une destruction des représentations de l’État, notamment en-dehors de Lille. Quand une opportunité de marché se crée, il y a toujours des résistances.

Les priorités sont de faire connaitre le bénévolat et le mécénat de compétences, d’expliquer comment on peut en faire bénéficier et à quel titre ; et d’en faire la promotion, y compris auprès des pouvoirs publics, pour que des agents puissent aussi en faire !

Quelle est votre perception des rapports entre entreprises et ESS en Hauts-de-France ?

Il y a la représentation opérationnelle, celle au quotidien, où l’on a des structures de l’ESS qui collaborent parfaitement avec des entreprises classiques, par exemple dans l’insertion. Il y a en parallèle une représentation plus idéologique de certaines organisations, en lien avec leurs valeurs, qui peuvent être plus réticentes à collaborer avec des entreprises. De manière générale, on veut éviter « l’ESS washing ».

Sur la question de l’ESS, il y a des disparités dans la région. Par exemple, l’Aisne est un territoire d’expérimentation, où les acteurs de l’ESS se sont structurés. L’Oise est à l’image du Pas-de-Calais, avec une vraie volonté du Département d’investir cette question.

 

Cet entretien a été réalisée dans le cadre de l’étude territoriale « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Hauts-de-France ? ». Il fait partie des études de cas présentées dans l’étude complète

 

▷ Source : Etude territoriale « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Hauts-de-France ? », janvier 2019.
▷ Auteur : Ségolène Bunel, directrice territoriale de l’antenne Hauts-de-France de Pro Bono Lab

"Les priorités sont de faire connaitre le bénévolat et le mécénat de compétences, d’expliquer comment on peut en faire bénéficier et à quel titre ; et d’en faire la promotion, y compris auprès des pouvoirs publics, pour que des agents puissent aussi en faire !"

Hager Khezami, directrice de la CRESS Hauts-de-France

Pro bono, engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences), que penses Hager Khezami, directrice de la CRESS Hauts-de-France, de ces sujets ?