La « raison d’être » de l’entreprise, inscrite dans la loi PACTE, pose la question de l’engagement sociétal et du bien public. Blandine Peillon, Céline Laurichesse et Jacques Follereau, livrent leur position dans une tribune commune.

Le 11 avril dernier, la loi PACTE a été adoptée. Le Code civil permettra désormais à toute société d’inscrire une « raison d’être » dans ses statuts. Au sein de notre territoire, et bien avant qu’émerge cette réflexion sur le rôle sociétal de chaque entreprise, nombreux sont les dirigeants qui ont pris leurs responsabilités en développant ou soutenant des actions à fort impact social.

Oui, la « raison d’être » de chacune de nos entreprises est de s’engager, avec tous les acteurs de notre écosystème régional, pour en assurer collectivement et durablement le développement. Oui, chacune de nos entreprises doit se projeter vers l’avenir en investissant dans la citoyenneté et contribuer à construire des solutions innovantes face à l’ampleur de l’urgence sociale.

Lyon en pointe en matière d’ESS

La Métropole de Lyon, dernièrement labellisée « Territoire French Impact », et notre région plus largement, figurent en France parmi les territoires les plus en pointe en matière d’ESS (Economie Sociale et Solidaire) et d’innovation sociale. L’engagement citoyen est dans notre culture, dans notre ADN. Des initiatives collectives uniques en France, impulsées par nos entreprises, se développent et font de la région une terre d’entrepreneuriat social fertile : la Fondation d’Entreprises Émergences, parfaite incarnation d’une démarche de « collective impact » territoriale au service de structures à finalité sociale ; l’Entreprise des Possibles, conçue pour aider les plus démunis ou encore le réseau Mix-r, club d’entreprises engagées, figurent parmi ces grands projets.

S’engager… en partageant les compétences de nos salariés

Pour investir dans la citoyenneté, il existe un très large éventail de formats d’engagements, dont la mise à disposition des compétences de collaborateurs. Un moyen d’action aussi moderne que naturel : le premier capital de toute entreprise, ce sont ses ressources humaines. Et la plus grande richesse qu’elle puisse adresser aux acteurs de l’ESS sont les compétences des hommes et des femmes qui la composent. C’est ce que nous souhaitons promouvoir ici collectivement.

Dans le monde, la pratique du pro bono (en latin pro bono publico signifiant pour le bien public) consiste à transmettre gratuitement ses compétences au service de causes sociales ou sociétales. La France s’étant doté en 2003 d’un dispositif parmi les plus ambitieux sur le plan international en matière de mécénat d’entreprise, la pratique du pro bono – promue sur le territoire national par Pro Bono Lab – y intègre aussi bien le bénévolat de compétences (l’engagement par le partage de compétences hors temps de travail) que le mécénat de compétences (sur temps de travail).

Très tôt, nous avons compris qu’une entreprise engagée était d’abord une entreprise qui permettait à ses salariés de s’engager. Depuis avril 2016 et son implantation en Auvergne-Rhône-Alpes, Pro Bono Lab porte l’intensification de la pratique de l’engagement par le partage de compétences des entreprises au sein de notre territoire. Celui-ci apparaît d’ailleurs parmi les plus dynamiques dans l’Hexagone et s’y développent des initiatives inédites, d’ampleur nationale. En octobre 2018 par exemple, la Probono Factory, fabrique du bien public par et pour les territoires, permettait d’agréger à Lyon les compétences de près de 80 collaborateurs d’entreprises et volontaires particuliers (étudiants, demandeurs d’emploi, etc.) autour d’une problématique du territoire, le « bien manger et bien vieillir ». 8 structures à finalité sociale mobilisées sur cette cause ont été accompagnées à travers 455 heures d’engagement pro bono, soit un peu plus de 8 jours de travail à temps plein pour une structure à finalité sociale.

Faisons des compétences de nos collaborateurs un bien public

En tant qu’entreprises engagées, nous continuerons à promouvoir ce type d’initiative ainsi qu’à encourager toutes les parties prenantes de notre écosystème à se mobiliser autour des problématiques de notre territoire et bien plus largement, de toutes les causes à impact social. Car l’engagement par le partage de compétences est d’abord extrêmement vertueux pour la société. Et parce qu’il l’est également pour chaque entreprise qui fait le choix du pro bono : au cœur de nos politiques RH, l’engagement citoyen des collaborateurs contribue à leur épanouissement, à partager des valeurs fondamentales et à développer de nouvelles compétences parmi lesquelles des compétences comportementales ou soft skills. Permettre à nos salariés de s’engager, c’est aussi répondre aux besoins de l’entreprise face à l’évolution du monde du travail et anticiper l’avenir. Une entreprise qui s’engage, c’est une entreprise qui choisit de préparer l’avenir. Ensemble, mettons les compétences de nos collaborateurs au service du bien public. Ensemble, engageons-nous pour inventer cet avenir meilleur.

 

▷ Source : Pro Bono Lab pour Bref Eco 
▷ Auteurs : 
Blandine Peillon – Dirigeante de Jours de Printemps et Présidente de la Fondation Émergences, Jacques Follereau – DRH de Groupama Rhône-Alpes Auvergne, Céline Laurichesse – Présidente de Pro Bono Lab