La France au rythme du confinement. Si le planning reste encore incertain, le quotidien doit dès à présent se réorganiser en fonction de ces circonstances inédites. A nous de réinventer de nouveaux repères, de nouvelles manières de communiquer, de faire ensemble.

Car la distanciation sociale n’exclue pas le lien, ni la solidarité. Au contraire, elle nous impose de trouver des solutions collectives à notre échelle et avec nos moyens.

Cette distance imposée, nous fait réaliser toute l’importance du contact humain. Un constat, certes, plutôt convenu… mais que peu d’entre nous ont l’occasion de vérifier de manière si radicale.

L’isolement est bien sûr connu pour tous ses méfaits sur le moral et sur la santé des individus. A l’heure du confinement généralisé, il met aussi à l’épreuve de multiples chaînes de solidarité qui existent et résistent partout dans le pays. Comment aider aujourd’hui si on ne peut plus littéralement tendre la main ? Les collectes, les maraudes sont forcément impactées par les consignes sanitaires et les acteurs associatifs multiplient les appels pour prévenir d’un certain repli sur soi qui mettrait en péril les plus démunis.

Cette chronique est justement là pour observer, du balcon, au fil des jours, les initiatives qui permettent à la solidarité d’exister, malgré tout. Elle est aussi là pour poser des questions sur nos manières de vivre ensemble. Pour partager les bonnes ondes dont tout le monde a besoin.

#RejoignonsNousAutrement

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J8

La démocratisation culturelle… enfin ?

Hier, j’écoutais James Blake, qui devait se produire à l’Olympia le 14 avril, donner un concert depuis son salon sur Instagram. A peu près au même moment, la Philharmonie de Paris proposait gratuitement un concert issu de ses archives sur sa plateforme live. A défaut de remplir les salles, nous pouvons compter sur les artistes et les institutions pour continuer de diffuser leurs oeuvres au plus grand nombre, coûte que coûte.

Alors que les établissements sont fermés jusqu’à nouvel ordre, le ministère a d’ailleurs lancé l’initiative #culturecheznous. Le principe est simple : recenser tous les contenus accessibles en ligne pour que chacun puisse profiter de l’offre culturelle publique depuis son canapé. La page dédiée du ministère a été pensée de manière particulièrement épurée, sans grand discours, en cohérence dirons-nous avec cette vocation d’accessibilité.
Puisque l’expérience présentielle n’est plus possible, son prolongement numérique semble aujourd’hui prendre de nouvelles couleurs. Car la nouvelle donne du confinement redessine aussi le rapport aux publics. Il n’y a momentanément plus de catégories 1, 2, 3. Il n’y a plus de « carré or », plus de premier rang ou de places à visibilité réduite.

Finalement, l’expérience culturelle en ligne, lorsqu’elle est pensée « pour tous » et non plus pour ceux qui n’ont normalement pas les moyens ou l’opportunité de la vivre en vrai, semble enfin nourrir ce vaste projet de démocratisation culturelle qui hante les politiques publiques depuis des décennies.

Si elle est vécue comme une expérience collective, qui s’émancipe des fractures ordinaires, on peut effectivement espérer que la démarche attire de nouveaux publics et renouvelle durablement le rapport à la culture.

Pour autant, la solution lnternet n’annule pas toutes les inégalités puisque, selon les derniers chiffres, 17% de la population n’y a pas accès ou ne maîtrise pas les outils nécessaires. Aussi, les acteurs culturels ne surmonteront pas tous de la même manière cette période qui s’annonce critique pour une économie qui repose beaucoup sur l’expérience physique.

L’initiative #culturecheznous, comme beaucoup d’initiatives digitales qui ont émergé ces derniers jour, s’adapte à l’urgence et à un besoin inédit de partage. Si ce ne sont pas des solutions uniques et forcément durables, nous pouvons espérer qu’elles ouvrent de nouvelles perspectives et inspirent de nouvelles formes de collaboration.

La culture, comme la solidarité, ne pourra sûrement jamais s’affranchir du réel et c’est tant mieux. Les deux doivent aujourd’hui trouver des moyens de perpétuer leur mission auprès du plus grand nombre !

 

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J10

 

Un des nombreux paradoxes du confinement, c’est qu’on resserre aussi les liens avec nos proches. Ceux qu’on voit peu d’habitude, à cause de la distance, des emplois du temps, bref.

Pour ma part, ça m’a aussi permis d’échanger avec mes amies sur leur métier. Certaines d’entre elles sont infirmières, travaillent en Ephad, dans le monde du spectacle vivant ou les médias… Nous traversons tous la même « crise » mais chacun, au regard de sa situation professionnelle, observe et vit différemment les choses.

Ce qui est sûr : que l’on soit sur le terrain, à distance, arrêté ou autre, le rapport au travail est complètement chamboulé. Et la question de l’utilité sociale s’impose comme une évidence. La « quête de sens » n’a rien de nouveau, mais voilà, aujourd’hui, le couperet tombe. Dans un récent article, Dominique Meda lançait, très justement :

« Il faut être aveugle pour ne pas voir quels sont aujourd’hui les métiers sans lesquels la société ne peut pas vivre. » Cette période s’annonce sans pitié pour les « bullshit job », nous verrons bien qui en sortira la tête haute.

J’en ai profité pour échanger avec Luce, professeure de français au collège. Elle n’a pas vraiment eu le temps de s’adonner à l’introspection depuis le début du confinement. Sa quête de sens à elle s’est arrêtée net le jour où elle est entrée dans une classe et s’est retrouvée seule, face à ses vingt-huit élèves.

Alors aujourd’hui, son témoignage compte :

« Par où commencer ? Surement par le plus pénible : la hiérarchie. A l’instar du ministère, on sent que nos chef.fes ont bien du mal à se prononcer quant aux instructions officielles : il faut à la fois RESTER CHEZ SOI mais aussi assurer des permanences dans les établissements pour les enfants de soignants, RESTER CHEZ SOI tout en allant distribuer des « kits papiers » dans les boîtes aux lettres d’enfants privés d’outils numériques MAIS étant quand même CHEZ SOI. Bon, déjà ça part mal. »

Finalement, malgré les outils numériques, l’implication personnelle reste totale :

«On appelle toutes les familles une par une, on demande les mails privés des parents et des enfants et on fait tout au cas par cas. Faire cours de façon virtuelle s’avère être bien plus chronophage et source de stress pour les profs et les élèves.»

Avec le temps, chacun trouve peu à peu ses marques et développe ses méthodes :

« Depuis une semaine les choses se mettent tout de même en place, on arrive davantage à répartir le travail de façon équilibrée…. J’ai créé un groupe de chat avec mes élèves. C’est pas mal, je suis au courant des séries netflix à ne pas manquer et des derniers potins de la classe, au moins on garde le lien ! »

Pour ce qui est des enseignements et du suivi pédagogique :

« Bien sûr il y’a les petits filous qui esquivent toutes nos embuscades de prises de contact mais honnêtement la plupart sont au taquet, demandeurs de savoirs et de conseils, j’ai rarement eu de retours de travaux aussi soignés que maintenant ! Sans vouloir tomber dans la niaiserie, ce sont eux les véritables rayons de soleil de cette période bien sombre. J’ai au moins foi en nos élèves qui assurent et nous donnent le courage de continuer d’enseigner. Aucune classe virtuelle ne remplacera le véritable contact humain et aucun savoir ne sera aussi bien transmis qu’en partageant de vive voix tous ensemble nos réflexions, mais cette période a le mérite d’être éclairante sur au moins un point : nous savons sur qui compter. »

L’expérience individuelle et collective que nous traversons n’a pas fini de nous questionner sur les hiérarchies en place et nos systèmes de valeurs. Nous ne pouvons sûrement pas prédire tous les bouleversements à venir. Peut-être pouvons-nous espérer que l’implication, l’engagement, les compétences de chacun puissent être enfin reconnues et valorisées pour ce qu’elles apportent à autrui et à la société, en premier lieu.

#RejoignonsNousAutrement

▷ Source : pro-bono.co, mars 2020.
▷ Auteure : Nina Danet