Dans le cadre du Panorama du pro bono*, Marin de la Rochefordière, étudiant à Paris, nous livre sa vision et son expérience du pro bono.

Quelle est votre vision du pro bono, de l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) ?

Le pro bono, c’est avant tout un engagement associatif, à finalité sociale. C’est le fait de donner de son temps pour accompagner une structure ou des personnes qui ont des besoins inassouvis. C’est aussi un engagement intellectuel, en apportant ses compétences sur des sujets tels que la communication, la stratégie, l’organisation juridique, la gestion et la planification financière, pour permettre à une association d’être plus efficace.

Dans les petites structures, les sujets sont tous imbriqués et supposent diverses compétences. Pour moi, deux sont vraiment importantes : la finance et le droit. Ce sont des thèmes qui, je trouve, reviennent constamment, et s’appliquent à tous les domaines et à toutes les échelles. En tant que volontaire, le pro bono m’a permis de pouvoir faire des choses plus concrètes et plus utiles socialement que le simple fait d’être étudiant. J’ai réfléchi à des questions de structuration, de gestion des associations, à des problématiques opérationnelles. Cela ouvre l’esprit : c’est très différent des cours ! Ces différents engagements m’ont amené à me poser des questions sur ce que j’aimerais faire ensuite. Je veux vraiment trouver un métier qui fasse sens pour moi, comme beaucoup d’étudiants je pense ! Je crois que les établissements d’enseignement supérieur devraient favoriser le pro bono des étudiants, sans rendre l’engagement obligatoire et contraignant pour autant. Chacun doit pouvoir s’engager à son échelle ; mais il faut pouvoir développer une sensibilité aux questions sociales et environnementales, et c’est le rôle de l’école.

Le mécénat de compétences ne doit pas être une caution sociale pour les entreprises. Je serais mal à l’aise d’intégrer une entreprise qui ne correspond pas à ma vision du monde, mais propose du mécénat de compétences. Dans l’absolu, c’est louable : cela sert une association, et les salariés découvrent de nouvelles situations, valorisent leurs compétences autrement et réalisent des choses différentes. Mais de telles initiatives ne doivent pas occulter le cœur de métier de l’entreprise en question.

Je serais donc plus tenté de faire du bénévolat de compétences, pour dissocier mon engagement professionnel de mon engagement associatif. Néanmoins, si on me propose une opportunité de mécénat de compétences, j’irai !

Comment avez-vous expérimenté l’engagement pro bono ?

Je suis étudiant à Sciences Po Paris. J’ai commencé par donner des cours d’alphabétisation au sein d’une association de quartier à Paris, Montparnasse Rencontres. Je me suis engagé chez Junior Consulting Sciences Po plus tard. Via son Fonds Pro Bono, nous avons accompagné deux associations pendant quelques mois : Montparnasse Rencontres et Prométhée Education. J’ai aussi participé à l’édition 2018 du Marathon Probono de Sciences Po pour soutenir l’association Réseau Alpha. A l’étranger, j’ai eu deux expériences plus ou moins comparables, l’une aux Philippines à Manille, dans le cadre d’un projet d’entreprenariat social pendant un mois et demi pour construire des maisons dans un bidonville. Et l’autre à Medellin en Colombie où j’ai passé cinq mois à participer à l’organisation d’un forum sur le développement durable et l’urbanisme en Amérique latine.

Concernant le pro bono au sein de Sciences Po, j’ai soutenu ces différentes associations sur des sujets d’organisation voire de réflexion stratégique, en tentant de les aider à se poser les « bonnes questions ». C’est surtout un regard extérieur que je peux apporter, celui d’un étudiant qui a encore un peu de naïveté mais qui malgré tout peut donner son avis sur des sujets relativement généraux, en essayant d’être à l’écoute et curieux, tout en faisant preuve d’humilité face à l’action d’une association.

 

* L’étude de référence sur l’engagement par le partage de compétences (bénévolat/mécénat de compétences) réalisée une seconde fois par Pro Bono Lab avec le soutien de la Fondation Deloitte, la Fondation Société Générale, la Fondation Schneider Electric, la Fondation Groupe ADP, et en partenariat avec Le RAMEAU, Admical et l’Ifop

 

En savoir plus

▷ Source : Panorama du pro bono, avril 2019.
▷ Auteurs : Tatiana Heinz, responsable de la recherche et des partenariats internationaux de Pro Bono Lab.

Je crois que les établissements d’enseignement supérieur devraient favoriser le pro bono des étudiants [...] Chacun doit pouvoir s’engager à son échelle ; mais il faut pouvoir développer une sensibilité aux questions sociales et environnementales, et c’est le rôle de l’école.

Marin de la Rochefordière, étudiant à Paris