Ségolène Bunel, Directrice Hauts-de-France & Affaires Internationales chez Pro Bono Lab ouvre les perspectives et nous emmène à la découverte des initiatives pro bono qui se développent à l'étranger pour faire face à la crise.

Webinaire : comment le monde du pro bono fait face à la crise ? RDV avec Ségolène Bunel le 23 avril (inscription en ligne)

La crise que nous vivons actuellement est sans précédent à bien des égards…notamment par le fait qu’elle touche le monde entier. Même à l’échelle de mon entourage personnel, je suis sans cesse sidérée que ma famille et mes ami-e-s vivent la même chose que moi aux 4 coins du monde, qu’ils vivent en Australie, au Brésil, au Panama, aux Etats Unis, en Afrique du Sud ou dans différents pays d’Europe.

La crise étire notre angle de perception, elle nous invite certes à nous recentrer sur nous-mêmes à l’échelle individuelle à cause du confinement, mais elle nous pousse dans le même temps à porter le regard plus loin, au-delà de toute frontière, pour comprendre comment le monde est collectivement impacté…et comment il s’adapte un peu partout.

Notre structure Pro Bono Lab a bien sûr dû s’adapter à bien des égards à la crise. Dans un souci de mobilisation générale, nous avons d’abord articulé notre accompagnement avec les principaux acteurs du bénévolat/mécénat de compétences en France via le portail benevolat.fr ou l’initiative #JeVeuxAider (Réserve Civique). Nous avons repensé nos formats de conseil stratégique ou de mobilisation opérationnelle pour les proposer en ligne, lorsque c’était possible et pertinent.

Nous mettons en place régulièrement des webinars, pour répondre aux questions que se posent le plus nos entreprises partenaires, sur le pro bono et plus généralement l’engagement citoyen de leurs collaborateurs. Enfin, à la demande de Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’ESS et à l’Innovation Sociale, Pro Bono Lab contribue également, à la valorisation de toutes vos initiatives et solutions en temps de crise sanitaire via la Coalition d’entreprises engagées : 10% pour tout changer.

Pro Bono Lab fait également partie de deux réseaux internationaux, le Global Pro Bono Network et Points of Light…qui nous poussent forcément à regarder comment nos voisin-e-s mettent le pro bono et le volontariat à contribution en ces temps de crise.
Points of Light a par exemple tenu à maintenir son initiative du mois du bénévolat international en avril, afin de valoriser des initiatives de volontariat inspirantes à travers le monde. Car aujourd’hui plus que jamais, la solidarité prend tout son sens !

Côté Global Pro Bono Network, plusieurs types de réponses ont vu le jour. Il y a tout d’abord les facilitateurs du pro bono singapouriens, chinois ou mexicains (respectivement Empact, Beijing Pro Bono Foundation et Pro Bono Venture) qui ont appuyé l’engagement pro bono au service du secteur de la santé. Par exemple, des plateformes sont mises en place pour que des psychologues puissent soutenir gratuitement le corps médical ou plus généralement des individus, les conseiller face aux situations difficiles qu’ils rencontrent et lutter contre les problèmes de santé mentale, le stress et le choc qu’elles peuvent engendrer. SEA au Portugal, qui travaille avec de nombreux entrepreneurs sociaux, a de son côté commencé à utiliser ses FabLab pour produire massivement des masques de protection !

Certains facilitateurs spécialisés dans le pro bono juridique ont eux aussi adapté leur cœur de métier à la crise. PILNet, présent dans plusieurs pays, permet à des structures d’être accompagnées par des avocats et des experts juridiques, pour les aider à comprendre le nouvel environnement juridique en place, les impacts contractuels, les aides à leur portée, les adaptations à mettre en place pour leurs salariés etc. En Belgique, The Good Lobby, fidèle à son approche visant à mobiliser des avocats pour construire des campagnes de plaidoyer solides et impactantes, a lancé une pétition pour appeler les 27 ministres de la santé de l’Union européenne à mieux coordonner leurs efforts face à la crise.

En Arabie Saoudite (avec Haron) ou en Inde (Toolbox India), les organisations ont centré leurs efforts en priorité sur l’aide aux associations qui constituent leur communauté, pour leur donner des conseils, partager les bonnes pratiques…et finalement rester dans leur rôle d’accompagnateur de ces structures. Taproot Foundation, membre américain historique du réseau, relaie lui aussi des initiatives inspirantes de sa communauté d’associations, donne des conseils à ses volontaires pour continuer à se mobiliser en ligne mais aussi à ses entreprises sur les actions prioritaires à mettre en place pour aider le secteur associatif.

Ainsi, tous ces exemples valident deux enseignements fondamentaux vis-à-vis des structures comme la nôtre, dont le pro bono est le métier :

1) l’engagement par le partage de compétences est encore plus nécessaire aujourd’hui qu’il ne l’était hier, dans tous les secteurs et à tous les niveaux, non seulement parce qu’il est synonyme de solidarité et d’engagement, et qu’il nous importe à tous et à toutes d’être utiles en ce moment, mais aussi parce qu’il permet collectivement de faire émerger des solutions et des ressources accessibles au plus grand nombre…et plus généralement au bien commun. Quand le gouvernement allemand met en place un hackathon géant réunissant 42000 participants, pour faire émerger des solutions innovantes face au Covid19…c’est bien de cela dont il s’agit ;

2) les organisations comme les nôtres ne sont peut-être pas en première ligne…et pour autant elles constituent un maillon essentiel de la chaîne de réponses ! Parce nous accompagnons précisément celles et ceux dont le travail est aujourd’hui essentiel sur le terrain, pour les outiller, les mobiliser et renforcer leur impact. Mais surtout car nous permettons encore et toujours de mettre en relation des mondes qui ne rencontrent pas assez comme celui des associations et des entreprises…et encore moins à distance ! Ou comment créer les conditions de l’interconnaissance et de la proximité, à l’heure du confinement qui peut nous éloigner les uns des autres, et renforcer l’individualisation.

Malgré tout, ce qui nous rassemble aussi aujourd’hui entre acteurs du pro bono, ce sont les défis auxquels nous faisons face ! Comme toutes structures du secteur associatif, de grosses incertitudes demeurent, vis-à-vis de notre trésorerie et/ou des opportunités de partenariat à court et moyen terme. Plus généralement, la crise challenge notre cœur de métier. Comment soutenir par la compétence des associations qui peuvent du jour au lendemain mettre la clé sous la porte ? Comment faire passer nos activités habituelles sur le numérique? Comment créer du lien et de la confiance en ligne alors que la solidarité est souvent un acte qui passe par la rencontre humaine ? Comment mobiliser les salariés d’entreprises alors que ces entreprises peuvent vouloir re-prioriser leurs enjeux internes en ce moment ?

Ici comme ailleurs, les questionnements sont nombreux, et les réponses encore rares…mais preuve en est qu’elles passeront forcément par le collectif.

Alors précisément, continuons ces réflexions ensemble, et rassemblons-nous durant le prochain webinar du Club du Pro Bono, le 23 avril prochain, qui portera sur cette question de l’adaptation du monde du pro bono à la crise…et trouvons ensemble les réponses !

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▷ Source : pro-bono.co, mars 2020.
▷ Auteure : Ségolène Bunel,
Directrice Hauts-de-France & Affaires Internationales, Pro Bono Lab