ESS, pro bono et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Anne-Sophie Meysselle, Responsable du fonds de dotation Solidarité Grand Ouest 

A quelques jours de la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab a choisi de donner la parole à certains représentants de l’écosystème ligérien et de mettre en lumière leurs actions d’engagement citoyen.  

Dans un moment inédit où la crise du COVID-19 frappe de plein fouet l’ensemble des parties prenantes de cet écosystème, où les modèles de développement économique sont appelés à se réinventer et où la solidarité est un sujet devenu quotidien, les personnes que nous avons interviewées initialement dans le cadre de notre étude nous partagent aujourd’hui leur regard sur ces bouleversements soudains. 

Pour la première interview de cette série, nous avons choisi de vous partager les propos d’Anne-Sophie Meysselle,Responsable du Fonds de dotation Solidarité Grand Ouest de la Banque Populaire Grand Ouest.

Pouvez-vous nous présenter la politique d’engagement portée par la Banque Populaire Grand Ouest ? 

Banque Populaire Grand Ouest est une banque mutualiste qui accompagne tous les acteurs dans toutes leurs étapes de vie, pour un développement responsable du territoire. Ce qui compte avant tout pour nous, c’est le terroir, le local, la proximité. Aussi, nous sommes un acteur engagé sur notre territoire, avec le souci d’accompagner le plus grand nombre : les plus fragiles, les associations, les particuliers, les entreprises, ceux qui osent, vivent et agissent vers et pour notre région. Nous les accompagnons dans tous les sujets qu’ils peuvent rencontrer : financement, épargne, métiers spécialisés (énergies renouvelables), crédit-bail, assurances… 

Notre politique d’engagement se matérialise de plusieurs manières. Pour accompagner nos clients en situation financière fragile, nous disposons d’agences dédiées Grand Ouest coopération. Nous avons créé une fondation d’entreprise et un fonds de dotation, dans une vision sociale et sociétale globale et avec l’ambition d’avoir une vraie politique de mécénat. Si nous raisonnons au niveau de la Banque, l’engagement que nous avons à travers notre fonds de dotation est un bel exemple d’audace et de “faire, ensemble, de la banque autrement”.  

Quelles sont, selon vous, les motivations et avantages à faire du mécénat de compétences ? 

Nous pratiquons le mécénat à travers notre fondation, avec la mise à disposition de compétences et un apport financier de 800 000 euros par an pour accompagner les sujets autour de la solidarité, de la recherche, du maritime et de la culture.  

Nous le pratiquons aussi via notre fonds de dotation, qui est un outil de collecte embarquant le grand public, les particuliers et les entreprises pour financer des associations. Le principe est simple et efficace : pour 100 euros donnés par un particulier ou une personne morale, l’association récolte in fine 300 euros grâce à un abondement supplémentaire de 100 euros de notre fonds de dotation et de 100 euros d’une entreprise partenaire, dans la limite des plafonds d’abondement. L’idée est surtout d’accompagner des petites et moyennes associations du territoire, qui ont besoin de ces financements pour se développer, et d’inclure les entreprises engagées qui ont ainsi un outil supplémentaire pour renforcer leur impact et leur empreinte sociétale.  

En complément du mécénat financier, nous sommes en train de structurer notre politique en matière de mécénat de compétences sur 2020. Par exemple, nos collaborateurs compétents sur les sujets financiers pourraient accompagner des associations sur la gestion de leur trésorerie, et les collaborateurs touchés par la cause environnementale pourraient aider concrètement à préserver le littoral et à sensibiliser les populations. Le mécénat de compétences a un triple intérêt : pour l’association d’abord, pour le collaborateur ensuite qui développe des compétences et sa confiance en lui ; pour l’entreprise, enfin, qui peut aider les collaborateurs dans leur parcours. Le dispositif est vertueux pour l’individu et pour l’entreprise, il permet de se former et de se développer tout en aidant une association qui en a besoin. L’entreprise est en cohérence avec les valeurs du collaborateur engagé : tout le monde y gagne ! 

Quels sont les limites et les axes de progression du pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) ? Quel est l’avenir de cette pratique selon vous ? 

Le mécénat de compétences pour nous est un vrai sujet d’engagement et de fierté d’appartenance. Nous avons besoin d’outils et de processus structurés pour le mettre en place et le suivre correctement. Nous devons y aller progressivement et communiquer au bon niveau pour que chacun s’y retrouve. Nous sommes déjà engagés dans des actions de ce type comme le mentoring que nous faisons auprès de jeunes filles avec l’association Capital Filles, auprès d’étudiants pour mettre en avant l’entrepreneuriat.  

Il paraît essentiel d’être vigilant à ne pas détourner les salariés de leur mission principale dans l’entreprise et que cela corresponde à une vraie motivation personnelle du salarié, que cela donne du sens à son quotidien et contribue à son bien-être. 

L’entreprise joue un rôle de facilitateur sur la base du volontariat des salariés. Le dispositif doit apporter différentes options en fonction du temps à consacrer (journées / temps plein) et des tranches d’âge (junior / senior).  

Quelle est votre perception du territoire des Pays de la Loire ? 

Ce territoire est innovant et très actif, avec un plein-emploi : beaucoup de choses s’y passent. C’est un territoire solidaire, avec une multitude d’associations, de start-ups, d’industries, d’entreprises, avec beaucoup de positivité et d’enthousiasme. C’est un territoire de l’Économie Sociale et Solidaire, riche au niveau économique et social. L’Ouest de manière générale me semble relativement en avance sur les problématiques sociétales avec plusieurs structures ou associations engagées : Dirigeants Responsables de l’Ouest, Produit en Bretagne, Communauté Lucie. Il y a une vraie volonté de ne pas rester passif dans le monde que nous sommes en train de construire pour demain. Et nous faisons face à deux enjeux qui me semblent tous les deux aussi importants : savoir-faire et faire savoir ! N’ayons pas honte de dire ce qu’on fait de bien !! Décidons d’être optimistes face aux enjeux de demain ! 

Votre regard sur la crise sanitaire du COVID-19 ? 

La crise sanitaire inédite que nous sommes en train de vivre nous démontre à quel point la solidarité est importante. Les chefs d’entreprise, les entrepreneurs, les artisans, les commerçants, toute la population de l’Ouest… Tous se sont mobilisés de multiples façons : production de gel, de masques, dons divers aux soignants, cagnottes, applaudissements, bénévolat… Ces élans de solidarité venant de toutes parts démontrent bien cette soif d’agir, d’être utile, d’être solidaire, de trouver des solutions, de ne pas rester sans rien faire et que chacun à notre mesure, à l’instar du colibri, nous puissions contribuer à sauver ce qui peut être sauvé et construire / reconstruire notre monde de demain ENSEMBLE. C’est bien notre philosophie chez Solidarité Grand Ouest : Ensemble Agissons pour notre territoire ! Et puis… A la BPGO nous sommes convaincus que la réussite est en nous, en vous, en chacun : nous allons puiser en chacun de nous les ressources nous permettant de construire notre avenir dans ce nouveau paradigme et cela ne pourra se faire sans être ENSEMBLE et SOLIDAIRES, un peu, beaucoup, passionnément… tous les jours ! 

Nous étions là AVANT la crise et nous serons là APRES pour accompagner, avec les entreprises et la Fondation Grand Ouest, les associations du territoire. Leur rôle est essentiel au territoire sur de multiples sujets : santé bien sûr mais pas seulement ; insertion, handicap, logement, aide alimentaire, culture, emploi, environnement… finalement tous les sujets d’intérêt général. 

▷ Source : pro-bono.co, mai 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab