Le mercredi 16 janvier dernier, la Fondation SNCF a publié le Baromètre du Mécénat de Compétences, réalisé en partenariat avec l'Ifop.

Le 16 janvier dernier, au siège des Échos, des grands patrons (SNCF, Total, Accenture, Groupe ADP, IBM…) étaient réunis à l’initiative de la Fondation du Groupe SNCF afin de dévoiler un baromètre du mécénat de compétences et de signer un manifeste pour une Alliance pour le mécénat de compétences. La date est prise pour une deuxième édition en janvier 2020 avec l’objectif de doubler le nombre d’entreprises engagées.

Des chiffres sur le sujet du mécénat de compétences : une méthodologie sérieuse

L’ensemble de l’enquête a été mené par l’IFOP auprès de près de 3 000 personnes : 427 salariés (SNCF et autres entreprises du fichier Pro Bono Lab) ayant effectué une ou plusieurs missions de mécénat de compétences, un échantillon de 200 dirigeants d’entreprises de plus de 50 salariés, 454 salariés du secteur privé d‘entreprises de plus de 50 salariés, échantillon de 1025 personnes âgées de 18 ans et plus représentatives de la population française (grand public) et 751 répondants ayant participé à un dispositif d’engagement de la Fondation SNCF.

Dans les enseignements, soulignons que le mécénat de compétences plait aux jeunes, 75 % des moins de 35 ans estiment légitime que l’entreprise propose à ses salariés de s’engager avec elle. On pense notamment aux structures de conseil qui utilisent une politique dynamique en la matière pour attirer et garder les talents. Le mécénat de compétences allie intérêts personnels et professionnels : 71 % des salariés engagés voient l’occasion de sortir de leur routine et 64 % y voient l’occasion d’acquérir des compétences.

Du côté des dirigeants

Le chiffre a été souligné plusieurs fois, seulement un tiers d’entre eux affirment être favorable à la mise en place d’un dispositif de mécénat de compétences. 23 % disent l’envisager et 9 % le font déjà. Même si ce chiffre est à lire, comme le recommande Augustin de Romanet à la lumière du nombre important de TPE et de PME en France – pour lesquelles la mise en place des dispositifs est beaucoup moins facile que pour les grands groupes, il souligne la nécessité d’un fort travail de conviction.

D’autant que les résultats semblent très favorables pour les entreprises, notamment dans leur lien avec les collaborateurs. Alain Mergier, sociologue, explique : “Lorsqu’un salarié estime qu’il est légitime que son entreprise agisse au-delà du champ de son activité, cela signifie qu’il reconnaît qu’elle peut agir pour l’intérêt public mais également qu’elle doit agir.” 42 % des salariés engagés interrogés ont porté un nouveau regard sur leur entreprise. Pour l’amélioration de l’image et de la réputation, ce dispositif d’engagement est stratégique selon 88 % des dirigeants et 82 % des salariés. Il touche aussi à la cohésion, à la motivation et à la transformation des méthodes.

Le baromètre propose également des profils types de salariés, de leurs dispositions initiales (sceptique, vigilant, altruiste, individualiste), en passant par leur relation à l’entreprise (constructif, vulnérable, ambitieux, démotivé) puis par les déclics d’engagement (opportunité, envie d’évasion, affirmation de soi, concordance) en finissant par les effets positifs (nouvelle relation à l’entreprise, renforcement personnel et professionnel,  changement de regard sur l’intérêt général).

Enfin, ce baromètre détaille les conditions de réussite d’une mission selon les salariés, sans grande surprise : permettre à tous de s’engager, accord du manager (à 76 %), choix des missions, accompagnement, explications concrètes.

Le point d’amélioration de l’étude réside dans la définition du mécénat de compétences. En effet, selon qu’il s’agisse de mise à disposition de temps, de compétences (métier), de dispositif senior (transition vers la retraite) ou de team building solidaire, les problématiques sont différentes, et les bénéfices également, pour les porteurs de projets comme pour les entreprises. Souhaitons que la prochaine édition creuse ces différentes typologies, même si le sujet n’est pas facile à analyser en profondeur.

François Ravel de Habitat Humanisme a proposé lors d’un classique “questions / réponses” de sonder les associations sur leur ressenti, car pour son association, les missions longues, de fin de carrière par exemple, sont très précieuses, mais trop peu nombreuses. [On peut retrouver des chiffres sur l’appréciation des associations sur le Panorama du pro bono de Pro Bono Lab.

Des visions de patrons de grands groupes (SNCF, Total, Groupe ADP) et des témoignages de salariés

Les dirigeants présents sur scène ont fait des annonces et réaffirmé certaines convictions. Ces interventions ont été panachées de témoignages de salariés. Nous vous proposons une sélection de ces prises de paroles.

Patrick Pouyanné a annoncé que les salariés du Groupe Total (France et International) auraient droit à 6 jours par an. Guillaume Pepy a souligné qu’au sein du Groupe SNCF 3 500 salariés étaient impliqués. Augustin de Romanet a pris la parole sur l’engagement chez ADP dont la fondation est assez récente (2015). Après négociations, le groupe a obtenu un gentlemen agreement avec les syndicats avec un horizon de 6 jours de disponibilité par an. IBM fait du mécénat de compétences depuis 50 ans. Nicolas Sekkati a mis en place du mécénat de compétences, mais hors fondation pour deux raisons : il ne faut pas déléguer ce dispositif, et les collaborateurs IBM voulaient s’engager sur des sujets qui sortaient des champs d’intervention de la fondation.

À noter une remarque de Dominique Laurent, directeur des ressources humaines de Schneider Electric : dans la salle, beaucoup de fondations d’entreprise et de personnes des départements de RSE étaient présentes, mais peu de représentants des RH. Selon lui, le mécénat de compétences ne fonctionne que quand les directions s’articulent, d’où la nécessité d’inclure les RH dans les processus.

Pour finir, Marianne Eshet, déléguée générale de la Fondation Groupe SNCF, a dévoilé  les 7 engagements que doivent remplir les entreprises en insistant sur la diversité des offres. Cette “bonne pratique” de la SNCF lui a permis de mobiliser des collaborateurs aux emplois variés et ainsi de faire “chuter” le ratio des cadres, biais connus des experts de la mobilisation des collaborateurs [le mécénat de compétences est pratiqué souvent majoritairement par les cadres, et l’un des enjeux des entreprises est de l’étendre à tous les salariés]. Ces divergences de typologies de salariés ont été soulignées par Christian Caye du Groupe Vinci qui cherche “la bonne formule” (“il est plus facile de mobiliser une équipe qu’une personne quand on opère des chantiers”) et par Alain Roumilhac de Manpower (“réconcilier  terrain et siège, car le terrain connaît des difficultés que le siège ne connaît pas”).

▷ Source : Carenews : « L’Alliance pour le mécénat de compétences : des chiffres et des convictions » (janvier 2019)
▷ Auteur : Flavie Deprez, Directrice éditoriale et communication de Carenews
▷ Crédit photo : Twitter Fondation SNCF

17 signataires du manifeste

Accenture - Olivier Girard | Groupe ADP - Augustin de Romanet | Algoé - Pascal Gustin | Elan Edelman - Marion Darrieutort | Eramet - Christel Bories | Eurogroup Consulting – Gilles Bonnenfant | IBM France - Nicolas Sekkaki | Groupe La Poste - Philippe Wahl | ManpowerGroup France - Alain Roumilhac | PageGroup France – Isabelle Bastide | Radio France - Sybile Veil | Schneider Electric - Jean-Pascal Tricoire | Showroomprivé - Thierry Petit | SNCF - Guillaume Pepy | SNCF Réseau - Patrick Jeantet | Total - Patrick Pouyanné | Vinci - Xavier Huillard

L'avis de l'équipe de pro-bono.co :

L’équipe de l’open source pro-bono.co et de Pro Bono Lab salue cette initiative qui permettra de favoriser le développement de la pratique du pro bono, et plus spécifiquement du mécénat de compétences. Cette démarche vient renforcer notre connaissance collective sur l’engagement citoyen des salariés français et viendra enrichir les productions issues de nos activités de Prospective ou de notre Centre d’Expérimentation. Le panorama du pro bono, dévoilé en mars prochain, s’inscrit en parfaite complémentarité de cette étude et apportera notamment des éclairages sur les besoins en compétences des structures à finalité sociale.