ESS, pro bono et solidarité dans les Pays de la Loire : entretien avec Anne-Laure MESGUEN, Co-fondatrice de Partager son Temps / Benevolt 

 

A quelques jours de la publication officielle des résultats de son étude territoriale intitulée « Comment les entreprises s’engagent-elles en faveur du territoire des Pays de la Loire ? », portant sur les pratiques de coopération entre les entreprises et les structures de l’ESS du territoire, Pro Bono Lab partage un nouvel entretien réalisé auprès d’un acteur clé de l’engagement citoyen et du bénévolat : Anne-Laure Mesguen, Co-fondatrice de Partager son Temps / Benevolt, nous livre sa vision du pro bono sur le territoire.

Quelle est la mission de Partager Son Temps / Benevolt ? 

Partager Son Temps est une entreprise labellisée ESUS qui accompagne la transition vers la retraite. Avec cet organisme de formation, certifié Datadock, nous proposons un accompagnement pour les salariés en fin de carrière, avec des programmes personnalisés et en s’appuyant sur l’expertise de la politique sociale de l’entreprise, les spécificités du public et leurs besoins. En fonction, nous proposons des stages de préparation à la retraite animés par une psychologue et/ou la mise en place de mécénat de compétences de fin de carrière pour les collaborateurs proches de la retraite, pour permettre une retraite progressive et solidaire.    

Par ailleurs, notre organisation développe Benevolt.fr, la plateforme de bénévolat des retraités actifs. Nous souhaitons permettre aux retraités qui le souhaitent de partager leurs compétences et leur énergie, de renforcer leurs liens sociaux en étant visibles par les associations en recherche de bénévoles. En devenant bénévoles, ils agissent en citoyens, cultivent leur sentiment d’utilité sociale et trouvent une vraie place dans la société. Ils apportent leurs compétences à des projets d’utilité sociale. 

À date, nous comptabilisons 1990 associations inscrites sur la plateforme et près de 3000 bénévoles inscrits. Nous sommes présents dans 80 départements, avec une présence soutenue dans 45 d’entre eux. Nous avons généré plus de 3000 mises en relation. 

Nous avons d’ailleurs quelques belles histoires à raconter ! Par exemple, nous pouvons citer Pascal, qui était chauffeur transporteur et qui est devenu chauffeur auprès des Banques Alimentaires. Nous avons aussi Loïc, ancien gardien de prison et qui anime désormais des ateliers numériques auprès de personnes souffrant de la fracture numérique. Nous rencontrons aussi d’anciens chefs d’entreprise qui accompagnent des associations. Ou encore un musicien de l’Orchestre National des Pays de la Loire qui anime des ateliers artistiques auprès de personnes en situation de handicap… ou enfin Catherine, ancienne prof de français qui donne des cours de français à des migrants chez JRS Welcome 

Quelles est votre vision du pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) ? 

Le bénévolat et le mécénat de compétences se trouvent au cœur de notre métier ! 

Chez Partager Son Temps/Benevolt, nous parlons à la fois du partage de compétences professionnelles, et/ou de compétences que l’on a acquises par une passion et ses expériences personnelles. Nous parlons de notre côté de “bénévolat d’expériences”. Parmi nos bénévoles, nous observons, au-delà des compétences, une envie de s’engager et d’aller de l’avant, d’expérimenter de nouvelles missions. 

Nous avons à cœur que les associations trouvent de la légèreté et développent leur projet, tout en permettant de donner de la visibilité aux personnes qui partent à la retraite : ces personnes représentent 25% de la population, mais on ne parle pas assez voire pas du tout d’elles quant au sujet de l’engagement citoyen – alors qu’on les cite souvent sur le sujet des loisirs ou à présent dans le cadre de la réforme des retraites. Parmi les retraités, plus de 30% sont déjà investis et près de 80% aimeraient bien s’engager, mais pour eux, l’occasion ne s’est pas encore présentée, ou alors ils n’ont pas trouvé de mission répondant à leurs attentes. Notre rôle est de les aider à passer à l’action ! 

Quels en sont les impacts, les limites, et les axes d’amélioration ? 

L’enjeu du “besoin” en bénévoles est un des enjeux majeurs pour les associations, au-delà des besoins financiers. L’enjeu pour les associations est aussi d’ouvrir leurs réseaux : avec Benevolt.fr, nous leur offrons une ouverture par rapport à des personnes qu’ils ne connaissent pas.  

Pourquoi s’adresse-t-on aux bénévoles retraités ? Car ils ont envie d’être utiles, ils ont de l’expérience, et recherchent un engagement qui permette de consolider les viviers de bénévoles des associations. Aujourd’hui, le bénévolat change, il devient plus ponctuel, mais les associations ont encore besoin de garder des viviers de bénévoles qui renforcent la structure. Parmi les points de vigilance, il ne faut pas confondre un bénévole avec un salarié ! On accompagne les associations en les incitant à ne pas chercher un mouton à 5 pattes : on va par exemple les accompagner à découper une mission en plusieurs projets pouvant permettre à plusieurs personnes de s’engager, en faisant en sorte que chacun y trouve son équilibre. Sinon, cela peut créer des frustrations voire des tensions, ce qui n’est pas l’objectif de l’association. 

L’avantage du mécénat de compétences réside dans la mobilisation des collaborateurs avant tout, pour une cause commune qui sort de l’objet premier de l’entreprise. On crée des synergies entre les collaborateurs, ce qui génère aussi de la fierté du côté des collaborateurs envers leur entreprise. À l’échelle d’un territoire, cela a vraiment du sens. 

En revanche, il faut surtout veiller à ne pas tomber dans un effet de communication ! Si l’on s’engage, il faut le faire avec sincérité et avec ses valeurs, cela va sinon se ressentir et se retourner contre l’entreprise. Après, il y a plein de choses à inventer : les entreprises peuvent se tourner vers leurs collaborateurs pour accompagner des associations dans lesquelles ils sont bénévoles, elles peuvent proposer l’arrondi sur salaire… Il existe plein de moyens de s’engager auprès des associations ! 

Plus généralement, il faut que l’on puisse communiquer par des témoignages des uns et des autres sur les bienfaits de ces pratiques, pour inspirer et passer le pas. Il faut également se montrer pédagogue auprès des réseaux d’entreprises et des directions RH pour démontrer que la mise en place du dispositif n’est pas si compliquée. La preuve par l’exemple doit être apportée. 

Quelle est votre perception du territoire des Pays de la Loire ? 

Le territoire des Pays de la Loire est un territoire très dynamique dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, avec un taux d’emploi dans l’ESS supérieur à la moyenne nationale. C’est ancré et culturel : le territoire est créatif et solidaire. 

On peut noter par contre une concentration des acteurs un peu trop forte à Nantes. À nous aussi de sortir de Nantes et d’aller au plus près des départements, nous prévoyons d’ailleurs une présence plus forte dans les autres départements dans les prochains mois. 

Sur le sujet du bénévolat et du mécénat de compétences, nous avons tout pour que le déploiement s’opère : un réseau de dirigeants engagés et un terreau d’association très fort. Le terrain est donc fertile pour que les coopérations se développent !

Votre regard sur la crise sanitaire du COVID-19 ? 

La crise sanitaire actuelle renforce l’idée que les questions environnementales et sociales doivent être au cœur des préoccupations de tout un chacun, y compris les entreprises qui jouent un rôle clé dans les territoires. A ce propos, 3 présidents de réseaux nationaux d’entrepreneurs, Olivier de la Chevasnerie, PDG du groupe Sygmatel, basé à Saint-Herblain, et Président national de Réseau Entreprendre, Lionel Fournier, Directeur d’Harmonie Mutuelle Atlantique, et Président de Dirigeants Responsables de l’Ouest (DRO) et Pierre Minodier, Vice-Président d’Akardin, basé à Montpellier, et Président national du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) viennent de publier une Tribune en proclamant que « la sortie de crise ne se fera pas aux dépens de nos engagements sociaux et environnementaux ». Les acteurs de la région sont donc en première ligne pour porter une vision économique, solidaire et responsable de la sortie de crise, c’est encourageant. 

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▷ Source : pro-bono.co, mai 2020.
▷ Auteur : Pro Bono Lab