Être parent, c’est du boulot ! Du moins, cela demande de vraies compétences. Pourtant celles-ci sont peu reconnues dans les parcours professionnels… Comment mieux les valoriser ? Comment faire enfin changer les mentalités ? Véronique d’Estaintot, Fondatrice d’Au fil de vos choix fait le point sur la situation, nous donne des pistes de réflexion… et d’action !

Y a-t-il un intérêt social ou professionnel à reconnaître les compétences développées par la vie de parent ?

Savoir désamorcer un conflit, faire confiance, se remettre en question, faire preuve d’empathie, avoir le sens de l’écoute… ne s’agit-il pas de « soft skills » dont on lit partout que ce sont les compétences du XXIe siècle ? Interrogez les parents autour de vous, ils seront plus d’un à vous dire que leur vie de parent les a conduits à développer des compétences qui leur sont très utiles dans le cadre de leur vie professionnelle.

De là à reconnaître qu’une rubrique « expérience de parent » a toute sa place sur un CV, il y a un pas de géant à franchir au niveau des mentalités et des pratiques de recrutement ! Pourtant, cette expérience n’est-elle pas au moins aussi légitime que d’autres classiquement admises pour illustrer la richesse d’un parcours ? Pourquoi les compétences développées dans le cadre d’engagements associatifs ou d’activités sportives ont-t-elles droit à plus de reconnaissance sociale et professionnelle ? Pourquoi ne pas considérer globalement l’ensemble des activités exercées hors champ professionnel sous l’angle des compétences qu’elles mobilisent ou permettent de développer ?

Compétences de parent, un atout pour la vie professionnelle : mythe ou réalité ?

L’expérimentation que nous avons lancée en partenariat avec Pro Bono Lab et Allianz Partners contribuera, je l’espère, à faire bouger les lignes : s’appuyer sur des compétences de parent pour aider une Structure à Finalité Sociale à résoudre une problématique professionnelle, n’est-ce pas une démarche convaincante pour les faire reconnaître et en montrer le caractère transférable ? Comme le disent les Anglais : « The proof is in the pudding ! » [1]

Jusqu’à présent, la question de la valorisation professionnelle des compétences dites « parentales » – je préfère utiliser l’expression « compétences de parent[2] » – était essentiellement abordée dans le cadre du retour à l’emploi de femmes qui avaient choisi de consacrer plus de temps à leur vie familiale pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, et de se rendre ainsi plus disponibles pour leurs enfants… en d’autres termes, de devenir « femme au foyer ». A défaut de pouvoir s’appuyer sur des expériences professionnelles reconnues, tout l’art consistait à savoir présenter astucieusement son parcours, en y allant toutefois avec des pincettes, pour être crédible et valoriser les compétences acquises. A l’heure des CV par compétences et des parcours professionnels atypiques, on ne peut que reconnaître le caractère précurseur de la démarche !

Et sur le CV ?

Il reste cependant du chemin à parcourir pour que les compétences développées dans le cadre de la vie de parent soient vraiment reconnues sur le plan professionnel. Même si certains jeunes entrepreneurs les évoquent spontanément, en soulignant leur intérêt pour leur vie professionnelle, parler de ses compétences de parents, les inscrire sur son CV ou bien les mettre en avant lors d’un entretien ne suffit pas à convaincre les recruteurs de leur existence ou de leur légitimité. Les activités exercées au foyer, aujourd’hui par les pères et par les mères, sont méconnues et peu valorisées. Par conséquent, le champ d’expérience considéré comme légitime et pertinent a tendance à rester confiné au registre des métiers de la petite enfance : la démarche de Validation de l’Acquis de l’Expérience (VAE) évoquée par Marlène Schiappa le montre bien. Autant élargir les perspectives en s’appuyant sur la convergence de plus en plus évidente entre économie et famille : en effet, l’expérience de la vie de parent contribue à développer un éventail de compétences vraiment large, qui ouvre la voie à des débouchés professionnels diversifiés et permet de prendre en compte les appétences de chacun.

Et si on s’en donnait les moyens ?

▷ Auteure : Véronique d’Estaintot, chercheuse en psychologie de la décision, Fondatrice d’Au fil de vos choix
▷ Source : pro-bono.co
▷ Visuel : Gosia Herba pour Quartz at Work

[1] C’est aux fruits que l’on juge l’arbre.

[2] Catherine Sellenet attire l’attention sur la nécessité d’être prudent dans l’utilisation du terme « compétence parentale », pouvant être perçue comme l’expression d’une exigence qui renvoie à des normes et au jugement de valeur porté par les professionnels sur le parent évalué