Sol et Civilisation est un Think Tank qui anime depuis près de 25 ans une réflexion sur la place et le rôle de l’agriculture, des acteurs et des espaces ruraux dans les équilibres de société.

Monde rural : le défi des compétences collectives

L’origine de ce projet vient du constat des fondateurs d’un « monde rural en perte de vitalité » et d’une volonté de montrer que ces territoires ont beaucoup à apporter au monde citadin. L’idée était donc de comprendre comment transmettre cette civilisation du rural à l’urbain, tout en réinventant et métamorphosant les concepts « un peu anciens » de solidarité active ou de proximité avec les gens, primordiaux dans les territoires ruraux.

Pour cela, un groupe de travail composé d’acteurs associatifs, étudiants, chefs d’entreprises, élus locaux et responsables administratifs a été créé. L’objectif étant d’analyser les facteurs de réussite et comprendre les disparités entre territoires.  

Les résultats de ces recherches ont montré que la véritable différence ne se faisait pas au niveau des financements mais bien au niveau des dynamiques entre les acteurs et de la capacité d’un territoire à créer des compétences collectives.

Afin de mieux comprendre, le CEDIP (Centre d’Évaluation, de Documentation et d’Innovation Pédagogique) définit la compétence collective comme « le produit d’une coopération entre des compétences individuelles qui, combinées aux ressources propres à un contexte professionnel, génère un savoir agir collectif spécifique à une équipe au travail ».

Monde rural : ça s’en va et ça revient

Selon Truong Giang Pham, chef de projet au sein de l’association depuis 12 ans,  on observe actuellement un inversement des tendances démographiques avec, depuis 30 ans, un retour à la campagne. Il y a désormais très peu de territoires qui connaissent une baisse de population. Pour autant, dans les territoires ruraux, on observe toujours un départ massif de jeunes très diplômés. Ce sont les personnes ayant plus d’expériences qui reviennent s’installer, mais qui n’amènent pas forcément de nouvelle dynamique.

On peut expliquer ce phénomène par la tertiarisation ou la mondialisation qui met en concurrence des territoires ruraux avec des grandes entreprises étrangères. Mais, un autre facteur que notre interlocuteur souhaite souligner, est le « développement des politiques publiques de plus en plus appuyées sur la mobilité et les compétences transversales ». Ces politiques encouragent les jeunes générations à être mobile et cela se fait au détriment, notamment, de l’environnement ou de l’enracinement. « Elles nuisent à la capacité d’ancrage des personnes ». Tenant compte de cette évolution, les territoires ruraux ont un rôle central à jouer.

Pour attirer et garder des compétences, il faut avoir une dynamique économique propre et réaliser un diagnostic de compétences territoriales poussé afin de comprendre lesquelles sont et seront nécessaires sur le territoire afin de garantir son développement.

A l’heure actuelle, très peu de collectivités ont fait cette démarche. Elles savent, en général, quels métiers sont exercés ou seront recherchés sur leur territoire mais beaucoup moins souvent quelles compétences sont impliquées.   

Ce que l’on peut observer c’est que, bien souvent, les collectivités, régions et départements prévoient leur développement, construisent les infrastructures nécessaires mais ne préparent pas leur territoire en terme de compétences, ne prévoient pas les formations nécessaires aux nouvelles activités qui existeront. 

Il faut entre 10 et 15 ans pour former les jeunes qui bénéficieront de ces infrastructures et c’est pour cela qu’il est important de définir en amont les compétences dont on aura besoin pour former les habitants du territoire. Dans le cas contraire, on ira chercher des personnes extérieures, qui n’auront pas forcément la connaissance du territoire, de son écosystème, ce qui peut nuire à la réussite de l’activité ou du projet.

Sol et Civilisation défend une approche plus humaniste du développement économique et du monde du travail en mettant l’humain au centre du développement. « Il y a aussi un avenir sur place et cet avenir peut être fondé sur les compétences des hommes et des femmes sur place »  C’est le rôle des collectivités de penser la formation, les infrastructures, les activités de demain, les grands changements de notre société et ce dont on a besoin. C’est donc après que le développement économique se pense et non pas avant.

Un territoire apprenant

Chaque territoire développe des savoir-faire et des savoir-être particuliers. Si l’on prend l’exemple des stations de ski, la plupart des personnes habitant aux alentours savent (probablement) skier car le territoire offre un cadre propice à la fois en terme d’environnement d’infrastructures ou de formations.  

Développer les compétences collectives pertinentes, adaptées au projet territorial permettra de donner un nouveau souffle et de favoriser la résilience de ces espaces ruraux face à de nouvelles données économique et sociales.

Ces compétences sont un moteur dans le développement économique, elles permettent de préserver les talents et de les attirer. Les collectivités ont donc un rôle majeur dans leur préservation et leur transmission. Certains milieux ruraux, grâce à ces politiques, ont su complètement inverser la tendance et redevenir dynamiques.

▷ Auteure : Laure Bulteel, Chargée de Développement Territorial 
▷ Source : pro-bono.co, août 2019