Le pro bono, un sujet uniquement exploité par les grandes entreprises ? En cette journée des TPE/PME, Olivia Gobet, déléguée générale de la Fondation Identicar, nous prouve le contraire.

Les freins au développement de programmes pro bono, via le bénévolat ou le mécénat de compétences, sont nombreux pour les entreprises. Complexité pour dégager du temps aux salariés tout en respectant leurs agendas professionnels, pour trouver des structures bénéficiaires comme pour initier une gestion de projet efficace… Le lien paraît évident : plus une entreprise est petite, plus il lui est difficile de détacher des collaborateurs en pro bono (bénévolat/mécénat de compétences) et d’y investir des ressources, qu’elles soient financières ou humaines.

Les chiffres du Baromètre du mécénat d’entreprise 2018 réalisé par Admical vont d’ailleurs dans ce sens : le mécénat de compétences “est généralement plus utilisé par les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) et les Grandes Entreprises (GE) car il nécessite une certaine ingénierie interne pour identifier le besoin en compétences des structures soutenues, sélectionner les compétences adaptées et organiser la mise à disposition des salariés”. Pour encourager les TPE/PME à développer le mécénat de compétences, des mesures avaient été annoncée en janvier par Gabriel Attal. Et pourtant, de nombreuses TPE-PME s’engagent et permettent à leurs collaborateurs de s’engager. Exemple avec le Club Identicar et sa Fondation, dont nous parle Olivia Gobet, déléguée générale. 

L’impulsion de la direction : un élément indispensable

En 2017, la direction du Club Identicar impulse la création de la Fondation, inspirée par l’initiative Meals and Wheels de AAA 1-B. 

« Dès le départ, toutes les conditions étaient réunies : une direction pleinement impliquée et convaincue, à la source du projet, et l’annonce d’un crédit-temps* de 2 jours par mois. C’était le luxe ! » nous explique Olivia Gobet. En comparaison des 1 ou 2 jours par an habituellement débloqués par les entreprises, c’est… plus de 12 fois supérieur. Comment une entreprise d’à peine plus de 200 salariés peut-elle se le permettre ?

Des conditions optimales pour l’engagement des salariés

« Tout d’abord, notre situation financière nous le permettait », souligne Olivia. Et cela a même été indispensable : avec 50 collaborateurs impliqués dès le lancement des activités de la Fondation, l’entreprise a dû recruter pour combler les manques. « Nous n’avons pas mis en place les 2 jours de crédit-temps dès le départ , évidemment. Nous avons d’abord essayé de créer des conditions optimales pour permettre à toutes et tous de s’engager dans les meilleures conditions ».D’où les recrutements. « Nous avons démarré avec un crédit-temps de 0,5 jour par mois jusqu’à atteindre progressivement 1,5 jour par mois. Nous envisagions de passer à 2 jours en septembre 2019, mais nous avons décidé de rester comme cela pour l’instant. »

La Fondation souhaite régler les problèmes de charge et d’implication avant de monter encore en puissance. « Selon les services, les tailles d’équipes et les métiers, cela peut s’avérer plus ou moins facile de dégager 1 jour et demi par mois. Certains auraient du mal à dégager 2 jours de leur temps. Nous allons progressivement faire évoluer nos pratiques pour que personne ne se sente coupable de ne pas pouvoir s’engager autant qu’ils le voudraient ».

La montée en compétences des salariés

Ce qui différencie la Fondation Identicar, au-delà du crédit temps particulièrement élevé ? L’implication des collaborateurs dans les actions de la Fondation, et leur formation pour cela.

La Fondation offre à ses collaborateurs 4 moyens d’actions : sur le terrain avec des associations comme l’ADMR (Aide à domicile en milieu rural), en intrapreneuriat – une classe de code est en cours de création au sein de l’entreprise -, en mécénat de compétences pour les lauréats de l’appel à projets, et au sein de la Fondation, pour assurer son fonctionnement. 

Pour leur premier appel à projets, initié en 2018, une partie des 50 collaborateurs a été formée pour réaliser l’instruction des dossiers. Ce sont également eux qui ont présenté les projets au Comité Exécutif.  « Les 2/3 des collaborateurs impliqués sont des personnes qui échangent avec nos clients par téléphone ou par mail majoritairement et ne sont donc pas habitués à l’exercice. Ils se sont dépassés pour présenter les projets devant des dirigeants de l’entreprise et des experts extérieurs. Leur sérieux et leur professionnalisme a ont été salués. » 

Le cheminement entre le début des instructions, en janvier, et le Comité exécutif, qui a eu lieu en juin, n’était pas tout tracé. « Aucune autre Fondation que j’ai rencontrée confie l’instruction à ses collaborateurs : nous sommes partis d’une page blanche, nous avons tâtonné. En janvier, nous étions noyés sous les dossiers. Aujourd’hui, nous sommes très fiers de ce qui a été accompli »

Un impact positif pour l’entreprise

Pour les collaborateurs, l’acquisition de compétences et de connaissances est évidente. « Aujourd’hui, ils connaissent toutes les subventions dans l’aide à domicile, ils parlent avec des sigles que ceux qui ne sont pas allés sur le terrain ne connaissent pas… » 

Le retour sur investissement ? « Je n’ai pas de chiffres mais l’investissement de l’entreprise, tu le récupères en x28 ». Décloisonnement au sein de l’entreprise (les collaborateurs impliqués viennent de services différents), équipes investies, qui aiment leur entreprise… « Après avoir pitché devant le Comité Exécutif, tous les collaborateurs étaient émus. Cela se ressent ensuite dans leur travail de tous les jours. Club Identicar est une entreprise qui va bien car les personnes qui y travaillent aiment y travailler et donnent le meilleur d’eux-même ». 

Et demain ?

« L’entreprise lucrative seule n’a plus aucun sens dans le monde de demain » nous explique Olivia. Club Identicar mise sur un modèle hybride entre entreprise et fondation, car l’un n’aurait pas de sens sans l’autre : « la Fondation donne du sens à notre activité, et en même temps la Fondation aurait bien moins d’impact sans l’appui de l’entreprise».  

« Ce que l’on veut, c’est un engagement pérenne, quitte à engager moins de collaborateurs. » Pour assurer cette pérennité, la Fondation s’appuie sur d’autres acteurs : Renault Mobilize, l’ADMR, le Groupe ARES… Et demain, elle espère embarquer dans ses actions tout son écosystème, dont ses partenaires concessionnaires et ses clients.

« Je pense que le résultat va dépasser ce que l’on avait envisagé au départ. » nous dit-elle. On l’espère nous aussi. 

Retrouvez Olivia Gobet sur la WebTV

* crédit-temps : permet aux collaborateurs d’être détachés sur leur temps de travail pour participer à des activités annexes. Au Club Identicar, les collaborateurs peuvent ainsi dédier 1,5 journée par mois (2 jours à terme) aux actions de la Fondation sans que leur salaire soit impacté. 

 

▷ Auteure : Elsa Chaucesse, Responsable de la Communication et Relations Publiques
▷ Source : pro-bono.co, juin 2019