A l'heure où le mécénat de compétences occupe une place inédite dans le discours public et jouit d'une nouvelle notoriété, Claire Bertin, Directrice Grand Ouest de Pro Bono Lab en rappelle les fondamentaux et les enjeux. Pour que le partage de compétences profite, en premier lieu, à l'intérêt général.

Le mécénat de compétences doit avant tout, et surtout, servir l’intérêt général. N’oublions jamais qu’avant toute chose, avant de répondre à des enjeux RH, ce dispositif vise à accompagner des associations pour répondre à leurs besoins de développement et pour leur permettre de maximiser leur impact.

Le mécénat de compétences peut servir des enjeux RH, oui, mais ne le réduisons pas à cela ! Et encore moins à un dispositif utilisé pour gérer la fin de carrière des collaborateurs du privé et où l’on pourrait parfois en faire de l’outplacement… Histoire triste mais vraie au vu de quelques retours d’expérience. Nous avons une fâcheuse tendance à mettre les gens dans des cases, notamment les « seniors » que l’on appelle plus que comme… les « seniors ».

Le mécénat de compétences, avec le bénévolat de compétences d’ailleurs, doit être vu comme un décloisonnement formidable entre des cultures qui ne cohabitent pas d’habitude. Dé-corrélons la compétence du statut social, cela est essentiel !

Le mécénat de compétences est protéiforme : temps court, temps long, temps partiel ou temps complet, individuel ou collectif… Il y en a pour tous les goûts et c’est en cela qu’il peut embarquer tout un chacun : cadres, non cadres, artisans, entrepreneurs…

Alors…

N’oublions jamais que la vision parisienne n’est pas celle des territoires : l’enjeu de l’ancrage territorial est d’ailleurs majeur pour les acteurs qui s’engagent dans nos régions. En ce sens, peut-être pourrions-nous arrêter de polariser le discours du mécénat de compétences autour du sujet de la défiscalisation… Beaucoup pratiquent le mécénat de compétences sans le déclarer, parfois presque sans s’en rendre compte !

N’oublions pas non plus que les enjeux des TPE-PME-ETI ne sont pas ceux des grandes entreprises : essayons d’adopter une approche pragmatique pour que chaque entreprise puisse s’emparer de ce beau dispositif.

N’oublions pas le rôle majeur joué par les acteurs intermédiaires comme Pro Bono Lab : le mécénat de compétences est un sujet de lien et de proximité. Où la tech et le numérique ne remplaceront jamais l’humain. Un dispositif où chaque acteur, dans son rôle, porte ses responsabilités et s’engage. Notamment, aux directions RH de s’engager à accompagner leurs collaborateurs dans leur engagement : avant, pendant et après.

En tant qu’ancienne professionnelle des Ressources Humaines, ce sujet a une résonance toute particulière à mes yeux… Quelle vision voulons-nous porter des RH ? Quel rôle et quelle place pour nos DRH ? Les RH ne sont pas (que) des process, des tableaux de bord ou des lignes budgétaires à optimiser : le développement RH a ceci de merveilleux que d’accompagner les collaborateurs dans leur carrière et dans leur parcours de vie.

Alors, dans ce cadre, voyons le mécénat de compétences comme un formidable terrain de jeu pour développer des compétences, développer l’employabilité de chacun.e, créer des “déclics” dans les parcours de carrière, mais surtout : voyons le comme un moyen de développer la société de l’engagement dont nous avons tant besoin !

 

▷ Source : pro-bono.co, mars 2020.
▷ Auteure : Claire Bertin, Directrice Régionale Grand Ouest, Pro Bono Lab
▷ Photo : Erwan Floc’h