Près d’un français sur 5 ne perçoit ni le sens, ni l’utilité de son travail. Une préoccupation qui semble gagner du terrain auprès des citoyens, d’après une récente étude menée par Kantar Ts pour Randstad*. Mais comment réagir ? Doit-on forcément tout changer ?

Pour la 4ème édition du salon Viva Technology, Dieynaba Sall (Directrice des Opérations et de l’Accompagnement de Pro Bono Lab) et Jeanne Brétecher (co-fondatrice de Génération2 et présidente du Social Good Accelerator EU), sont intervenues au Talent Center et ont répondu aux questions de Yann Gabay (Oreegami) sur le sens au travail, pour donner quelques pistes de réflexion… et d’action !

Le sens, oui mais lequel ?

La première étape consiste à déterminer ce que l’on met derrière le mot « sens ». Pour Dieynaba Sall et Jeanne Brétecher, il s’agit d’une histoire d’équilibre, entre les aspirations individuelles et collectives. Au regard des grands enjeux de société, comme le climat ou la justice sociale, le sens ne peut plus être évalué qu’à travers le prisme de l’individu. Il ne s’agit pas seulement d’épanouissement. Il ne s’agit pas simplement de bien-être personnel. Il s’agit surtout d’impact. Le sentiment d’urgence sociale n’est plus le fait d’une poignée de lanceurs d’alerte : il s’est largement répandu dans les différentes sphères de la société, au travers des médias, mais pas que. Les citoyens se rendent aussi compte de leur potentiel, de leur capacité à changer les choses à leur échelle, et parfois bien au-delà.

« Il y a trois dimensions à prendre en compte dans la notion de sens. Emotionnelle : qui correspond au sentiment de faire le bien. Cognitive : la satisfaction liée à la mission. Aspirationnelle : qui contribue à une cause, qui nous dépasse. » Dieynaba Sall

Alors que, par le passé, cette quête de sens se manifestait surtout dans la vie privée, travailler dans un environnement qui permet aussi l’expression de cet engagement devient aujourd’hui déterminant. D’où la nécessité de se questionner à plusieurs échelles. Car c’est à la fois un objectif personnel, un challenge en termes de ressources humaines pour les managers et un défi d’entreprises, dans leur capacité à attirer et conserver les talents.

Par où commencer ?

Il n’y a, bien sûr, pas de solutions « clé en main ». Le sens fait avant tout appel à des valeurs personnelles, répond à des logiques et des critères propres aux individus.  Si près d’un quart des français estime que cela passe par la création de sa propre activité, d’autres alternatives peuvent être envisagées :

Par exemple, comme le développe Dieynaba Sall, s’engager pour une cause en partageant gratuitement ses compétences professionnelles, est un moyen avéré de créer du sens, de connecter son travail et ses convictions. Cet engagement pro bono permet à la fois de transmettre et de développer de nouvelles compétences, notamment comportementales (soft skills). Un sentiment d’utilité et de responsabilité essentiel dans le travail.

Pour Jeanne Brétecher, c’est également l’occasion d’évoquer l’intrapreunariat, soit le fait d’entreprendre au sein de son entreprise. Avoir la possibilité de développer ses idées, de mener un projet innovant, permet aux salariés de se sentir valorisés et de (re)trouver de l’intérêt au quotidien.

Quel rôle jouer ?

Si les individus sont amenés à être eux-mêmes « constructeur de sens » et à s’impliquer dans cette quête, les organisations doivent aussi prendre en compte ces changements profonds qui s’opèrent dans la relation au travail. Car les nouvelles générations sont demandeuses et exigeantes ! Selon une étude réalisée auprès des millenials, 40% d’entre eux auraient choisi leur emploi en raison de l’engagement de leur entreprise en termes de développement durable. Et les récentes mobilisations des lycéens et étudiants confirment cette tendance.

A l’heure où la loi PACTE (Plan d’Actions pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) entend redéfinir la place des entreprises dans la société, notamment via la question de leur responsabilité sociale, cette notion de sens est plus que jamais centrale. Mais, comme le souligne Jeanne Brétecher, il faut s’emparer de cette question, bien au-delà des logiques de communication. Que cet engagement soit collectif, sincère et prouvé, pour un sens renouvelé.

* Un Français sur cinq ne perçoit ni le sens, ni l’utilité de son emploi, Le Figaro, 29/04/2019

▷ Source : pro-bono.co, mai 2019
▷ Auteur : Nina Danet, chargée des relations presse et relations publiques chez Pro Bono Lab