Que serait un monde sans engagement ? Pour nous, ce n’est concevable ni de la part des individus, ni des entreprises. Car comment pourrait-on « faire société » sans l’engagement de faire avancer le progrès humain?

Aujourd’hui, certains pensent que l’on assiste à une crise de l’engagement du fait d’une éruption de l’individualisme. N’est-ce pas plutôt parce que nous devons faire face à une évolution profonde des modes d’engagement de la société française ?

Certes, l’engagement auprès des syndicats, des partis politiques, des églises recule. C’est la crise des vocations. Mais pour autant, l’engagement perdure. Il change de forme. On s’éloigne du schéma où l’institution absorbait l’individu, qui disparaissant dans la masse du collectif (armée, ordres religieux, mouvements).

A preuve, le nombre de bénévoles ne cesse d’augmenter, mais les modes de fonctionnement changent. En 2017, 22 millions de bénévoles sont recensés en France (24 millions d’adhérents)[1], ayant des appartenances multiples, œuvrant et donnant pour différentes structures (associations de parents d’élèves, sportives, caritatives,…), recherchant une forme de reconnaissance, sans finalité lucrative, en retour. De nos jours, les personnes engagées s’inscrivent davantage dans une démarche qui leur permet de concilier leur trajectoire personnelle et une action collective. Elles cherchent les traces de l’impact de leur implication, Elles vont ensuite pouvoir les valoriser dans leurs réseaux (professionnels, familiaux, amicaux et réseaux sociaux). Ainsi l’expérience de l’engagement les enrichit aussi dans leur individualité. D’ailleurs, on le constate, de plus en plus de recruteurs s’intéressent aux candidats ayant une expérience d’engagement associatif, en complément des compétences scolaires ou professionnelles traditionnellement demandées.

Les formes d’engagements sont toujours le don de temps et d’argent, mais s’y ajoutent les pétitions en ligne, le boycott et le buycott,… et surtout le besoin de travailler en mode projet, et non plus en tant que simple militant.

En tant que président du Crédit Coopératif, ce sujet me touche tout particulièrement. Car j’ai la fierté de concevoir, avec mes collègues du Conseil d’administration, et de bâtir avec nos 2000 collaborateurs, la stratégie de cette banque porteuse de convictions et au service des humains dans leur diversité. En tant que coopérative, notre banque est proche de ses clients sociétaires, donc proche de la réalité des territoires et de leurs besoins. Elle réunit régulièrement et s’appuie sur ses 500 représentants de sociétaires mobilisés qui, bénévolement, participent à l’action de notre banque en faveur d’une économie utile. En tant qu’entreprise, elle accompagne l’engagement de ses collaborateurs par des mécénats de compétence, par une convention de partenariat avec deux associations dans lesquelles les salariés-bénévoles peuvent s’engager (Solidarités Nouvelles face au Chômage et Proxité) et par les Prix que remet la Fondation Crédit Coopératif à des associations que les collaborateurs accompagnent. En tant que banque, nous sommes très conscients que le monde que l’on finance aujourd’hui sera le monde dans lequel nous vivrons demain. Nous avons donc inventé et déployons une finance engagée, ce qui se traduit par des produits tracés qui permettent à nos clients particuliers de décider à quoi va servir l’argent qu’ils ont déposé chez nous, en cohérence avec leurs valeurs, en plus produits de partage historiques par lesquels ils font des dons d’une partie de la performance annuelle à une association de leur choix. Dans le domaine des financements, le Crédit Coopératif atteint 100% de son portefeuille de prêts à l’énergie aux énergies renouvelables. Il s’interdit le financement de certains secteurs (comme le nucléaire ou les énergies fossiles) mais aussi les paradis fiscaux. Enfin, le Crédit Coopératif donne des moyens conséquents à sa fondation d’entreprise, pour encourager le développement de l’économie sociale et solidaire, au travers de 3 préoccupations : la transformation, l’inspiration et l’exploration de ce secteur incarnant l’engagement.

Que ce soit « l’engagement timbre-poste ou post-it », selon le sociologue Jacques Ion, il est de notre devoir de banquier d’encourager cette dynamique, à condition qu’il soit éthique, inclusif, apprenant et pouvant faire preuve d’un impact significatif dans une démarche d’intérêt général ou de solidarité. Il s’agit alors d’un cercle vertueux ayant pour vocation à améliorer le sens de la vie de la personne engagée, comme de l’impact de son action dans le cadre d’une démarche collective pour une amélioration sociétale. S’indigner, alerter, interpeller, convaincre, s’investir, donner, partager, faire partie d’un mouvement interactif, innover, expérimenter ensemble… bref, s’engager consiste à devenir acteur d’un monde qui change, pour contribuer à le rendre plus juste.

 

Pour échanger sur toutes ces formes d’engagement, le Crédit Coopératif organise le 5 décembre 2019 sa Rencontre Nationale autour du thème « peut-on s’engager, sans déranger ?». Vous pouvez vous y inscrire sur www.credit-cooperatif.coop/rencontre_nationale ou suivre les débats en live #RNcreditcoop

▷ Auteur : Jean-Louis Bancel, Président du Groupe Crédit Coopératif
[1] Enquête CRA-CSA 2017, dirigée par Lionel Prouteau. Synthèse en ligne